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mardi 31 décembre 2019

ABC 2019 - Bilan

Après deux éditions qui se sont certes soldées par un échec mais qui témoignent malgré tout d'une progression (11/26 en 2014 vs 17/26 en 2018), je suis repartie pour une nouvelle édition du challenge ABC signé Nanet ! Nouvel échec, mais nouveau progrès, avec un joli 18/26 vues les circonstances (un adorable monstre hurlant la nuit, ahah) ! ^^


Le règlement 2019

La version 2019 consiste à lire 26 livres de 26 auteurs différents en fonction de l’alphabet. 
Pour éviter 26 nouvelles, un minimum de pages est demandé. Ce sont les chroniques/commentaires qui valident les lectures !
Le but reste de marier les styles : un classique, une nouvelle, un auteur étranger, un livre en fantasy, un en SF, un roman, un thriller... Pour éviter les catégories un peu bizarres, je vous invite à choisir dans la liste fournie par bibliomania.
J'ai fait le choix de participer dans l'option A, c'est-à-dire en mode aléatoire. Ainsi, pas de liste à fournir obligatoirement en début de challenge, mais pas non plus de points de tricherie accordés !
La totalité des 26 lectures doit atteindre au minimum 5000 pages, et le nombre de genres doit être de 5 au moins. Ma liste n'est pour une fois par finalisée avant le début, je vais la compléter au fur et à mesure avec notamment des lectures du PLIB2019, du challenge 1 genre par mois, des conseils de lecture que je reçois et des titres du book-club local !

Total livres: 18/26
Total pages : 6099/5000
Total genres : > 5


E
F
Lelait-Helo, David - Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (contemporaine) - 208 pages
Murail, Marie-Aude - Sauveur & fils, saison 1 (jeunesse, contemporaine) - 388 pages
Ness, Patrick - Libération (jeunesse, romance) - 288 pages
O
Q
Rowell, Rainbow - Fangirl  (romance, contemporaine, jeunesse) - 507 pages
Schovanec, Josef - Je suis à l'est (autobiographie, témoignage) - 247 pages
U
X
Y
Z

dimanche 22 décembre 2019

J'ai avalé un arc-en-ciel d'Erwan Ji

Déambulations au rayon jeunesse de la médiathèque. Une couverture arc-en-ciel me saute aux yeux. Je ne sais pas de quoi ça parle. Parfait, je fonce... tout droit vers une bonne surprise ! Mais...

Année d'édition : 2017
Nombre de pages : 384 pages
Genre : jeunesse, romance
Edition : Nathan







Synopsis :
Je m’appelle Capucine, mais on m’appelle Puce. J’ai dix-sept ans, la peau mate et un accent de Montpellier. Enfin, l’accent, c’est quand je parle français. Je vis aux États-Unis depuis que j’ai trois ans. Cette année, il m’est arrivé un truc phénoménal. Retournement de vie, frisson géant, secousse cosmique... Vous appelez ça comme vous voulez, mais la vérité... c'est que j'ai avalé un arc-en-ciel.

Mon avis :
Cette lecture remonte à des mois, difficile de la chroniquer parce que depuis, j'ai lu beaucoup de choses à son sujet, et que mon enthousiasme s'est un peu émoussé... 

Plantons le décor : le roman est constitué d'articles de blog rédigés par Puce, franco-américaine, et lycéenne dans le Delaware. Elle écrit en français pour ne pas être lue/comprise par ses acolytes. 

Le lycée de Puce, c'est un peu comme la crème de la crème de nos écoles privées. On offre un ordinateur à tous les étudiants en début d'année, le harcèlement n'existe pas... le paradis quoi. C'est comme ça que ça nous est présenté. Ahah. Belle illusion. Car ici, comme PARTOUT ailleurs, public comme privé, riche comme pauvre, tout n'est pas rose.

La vie sur le campus semble plutôt sympa : fêtes, traditions potaches mais élaborées, club LGBT bienveillant... mais elle a aussi ses mauvais côtés : alcool, drogues y sont très présents, culte de l'apparence, dénigrement, rumeurs, menaces... eh oui, contrairement à ce que nous présente la narratrice, c'est loin d'être rose. Et c'est en ça que c'est gênant.

Alors pourquoi, au premier abord, me suis-je laissée embarquer dans cette histoire ? Il faut bien reconnaître qu'Aiden y est pour beaucoup, ainsi que la relation naissante entre les deux jeunes femmes (on va pas parler de spoil là, hein, tout le monde a vu la couverture et le "retournement de vie" de la quatrième de couverture). Attirance, déni, attirance, interrogation... voilà un cheminement qui me parle et me plait. Aiden, totalement out, se montre d'une telle patience, d'une telle douceur qu'il est difficile de ne pas s'attacher. 

Je crois que du fond de mon lit, où j'étais scotchée par une bonne fièvre carabinée, j'avais envie d'une romance L/L et besoin de toute l'énergie de Puce. Car le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est pétillante et enthousiaste ! Sans doute trop, quand on n'est pas dans l'état d'esprit idoine pour l'apprécier. Le côté groupe d'ami·e·s m'a aussi été agréable. Ces aspects positifs m'ont quand même convaincue de lire la suite, que j'avais sous la main et qui se déroule très loin vers l'ouest... au Japon.

Malgré cela, j'ai bien noté des aspects contestables dans ce roman. Une forte scission filles/garçons et des propos bien sexistes, déjà. Mais aussi un dialogue douteux lors d'une session camping organisée par le groupe d'amis... C'était franchement pas heureux. C'est dommage, parce que ça vient sérieusement entacher le plaisir initial de ma lecture.

En conclusion, une belle énergie, un chouette groupe d'ami·e·s et une relation naissante toute douce gâchés par des propos a minima sexistes, qui seraient passés sans problème dans une dénonciation ; et un déni du harcèlement et des défauts d'un lycée sous prétexte qu'il abrite la "bonne société"... Dommage ! 

mercredi 18 décembre 2019

Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri de David Lelait-Helo

Il fallait bien un book-club dont le thème était "la musique" pour que tombe entre mes mains un roman avec un titre pareil... Merci Abra pour cette découverte d'un autre genre, un livre rare avec des vrais morceaux de Nana Mouskouri dedans.

Année d'édition : 2016
Nombre de pages : 208 pages
Genre : contemporaine
Edition : Pocket







Synopsis :
Dès l'enfance, Milou a des ambitions qui ont de quoi surprendre. Dans la cour de récréation, ce drôle de petit garçon aime jouer à la princesse, et faire de ses copines ses soldats. Il s'imaginera aussi un destin dans la peau d'un monstre orange, le Casimir de L'île aux enfants, avant de se mettre en tête qu'il est la plus puissante des reines d'Égypte.
Mais quand il a treize ans, une voix fait chavirer tous ses projets. Celle de Nana Mouskouri.
C'est décidé : il sera cette femme-là !
Que d'embûches... Car Milou n'est pas grec, il ne porte ni lunettes ni longue robe pailletée, il ne sait pas chanter et, pire que tout, il découvre, effaré, qu'il est un garçon.
Pourtant, Milou a plus d'un tour dans son sac...
Son truc à lui, au fil des années, jusqu'au soir de ses quarante ans, c'est de défier le réel pour suivre son rêve. Un rêve qui le mènera bien plus loin qu'il ne l'avait imaginé...

Mon avis :
Mon niveau en matière de Nana Mouskouri frôle le néant. On me ferait écouter un extrait de ses titres les plus connus, je répondrais sans doute "mais ouiiiiii, je connais !". Mais là, comme ça, je suis incapable de fredonner quoi que ce soit d'elle. 

Cette méconnaissance et, je le reconnais volontiers, cette absence d'attrait pour la chanteuse grecque m'ont valu le plus grand mal à me glisser dans l'histoire. On y suit un gosse qui la découvre par hasard sur un plateau de télé et, à partir de là, l'idolâtre. Au point de vouloir devenir elle. Pas comme elle, non non, mais elle. Cela tourne à l'obsession, dans ce que ça peut avoir de flippant : Milou, le protagoniste en question, fait tout pour ressembler trait pour trait à Nana. Il achète tous ses disques. Soit. Il revisionne en boucle tous ses passages télévisés. Passe encore. Mais il va aussi vouloir le même look (excusez du peu), et absorbe alors tous les détails de toutes ses tenues et peut les citer sans erreur... Voilà qui faisait beaucoup de Nana Mouskouri pour moi. J'ai eu du mal.

J'ai soufflé un peu et ai réussi à rentrer davantage dans le récit lorsque le "spectre" de la chanteuse s'éloigne. Manque de pot elle finit par revenir. Raté. Cependant, comme elle est plus "réelle", j'ai préféré cette partie.

Heureusement, là-dessous, il y a des considérations plus profondes. Des relations familiales particulières, notamment, avec un attachement très fort pour la grand-mère. Curieusement, presque rien sur les parents, qui accueillent pourtant avec tolérance la singularité du fiston. Il est question de la construction de soi, de son identité, surtout quand on est différent. Identité personnelle, identité de genre, identité sexuelle... tout se mêle un peu, ce qui n'est pas sans valoir violences verbales et physiques à Milou. Certains passages m'ont d'ailleurs rappelé En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis, lot commun malheureusement des jeunes garçons/hommes estampillés "efféminés".

La forme m'a beaucoup plus convaincue, à partir de la seconde moitié du livre. J'y ai trouvé une fluidité, une poésie agréable. Une douceur, aussi. Je me suis rendue compte par moments que je devinais sans mal les mots exacts de la suite de la phrase, en tournant la page. Ce qui n'est peut-être pas bon signe, finalement... 
L'ouverture des chapitres par quelques extraits de chanson est intéressante, ça incite à aller écouter un titre ou deux. Je ne l'ai pas fait. Je vous avais dit, que je n'avais pas d'attrait pour la célébrité grecque.

Lecture mitigée, en somme. J'ai perçu le message sous-jacent sur la construction de soi, porté par une écriture qui peut s'avérer convaincante... mais le raz-de-marée Nana Mouskouri ne m'a pas permis d'en profiter vraiment. Curieuse de voir ce que pourrait donner la plume de l'auteur sur un roman moins... mono-maniaque ! 

lundi 16 décembre 2019

Harold et Maude de Colin Higgins

Une fois n'est pas coutume, j'ai vu le film avant de lire le livre. Et pour cause : c'est le livre qui est une adaptation du long-métrage !

Année d'édition : 1984
Nombre de pages : 160 pages
Genre : contemporaine
Edition : Folio







Synopsis :
Harold, jeune homme riche, a une imagination délirante. Ses passe-temps favoris : rouler en corbillard et mettre en scène de faux suicides. Maude, elle, aime les cimetières mais adore la vie. Elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, conduit sans permis, vole des voitures. Elle est pour Harold la femme idéale. Il y a un mais... Lui a dix-neuf ans, et elle soixante-dix-neuf !

Mon avis :
Quelle lecture... J'avais un peu oublié le film, n'en gardant en mémoire que des éléments très forts mais peu de détails. C'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé les deux protagonistes : Harold et Maude.

Un duo détonnant, c'est le moins qu'on puisse dire de ces deux-là. 
Lui, 19 ans, fasciné par la mort, a pour passe-temps la mise en scène de la sienne. Faux suicides, décors macabres, gadgets astucieux pour les rendre encore plus réalistes et spectaculaires... Son carrosse est un corbillard, et son endroit préféré : le cimetière !
Elle, 79 printemps, croque la vie à pleines dents. Elle fait fi des règles de bonne conduite, change de voiture au gré des occasions, nargue la police et a remisé la pudeur au placard. Rien ne l'arrête !
Elle est aussi libre qu'il est coincé dans sa famille respectable, au grand dam de sa pauvre maman qui désespère de lui trouver une compagne réceptive à la singularité de son rejeton. Au grand dam de son oncle qui voudrait faire de lui un parfait troufion.

Et bien sûr, chacun va apprendre de l'autre. Harold, surtout, qui découvre le lâcher-prise. Sa vie est chamboulée par cette mamie rentre-dedans et terriblement attachante, à tel point qu'il est bientôt sous le charme. Relation interdite, contestée, décriée... et pourtant si naturelle.

Le roman est pétillant, les répliques drôles, cinglantes ; le texte bondissant. C'est un concentré de bonne humeur, qui nous rappelle qu'il faut profiter de la vie, chaque jour. De la première à la dernière page, tout est mis en oeuvre pour qu'on s'en souvienne. On s'attache, à ces deux-là. A leurs frasques, et à leur intimité.

Je n'en dis pas plus. C'est comme un bonbon acidulé. C'est doux. Ça donne la pêche. Dommage que ce soit si court !

mardi 10 septembre 2019

Comment le dire à la nuit de Vincent Tassy #PLIB2019

Poursuite de la découverte des éditions du Chat Noir, et des lectures du PLIB 2019 avec ce quatrième candidat au titre ! Un roman sombre et déconcertant...

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 346 pages
Genre : fantastique
Edition : éditions du chat noir
#ISBN9782375680897






Synopsis :
La dame en noir vivait seule dans son château. Elle ne pouvait pas mourir. De tout ce temps qu’elle avait, elle ne faisait rien. Et puis un jour, elle trouva sur son chemin le garçon aux cheveux blancs.
Elle l’enleva.
Elle voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles.

Mon avis :
2ème titre du Chat Noir en finale, et 2ème OVNI !
Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, y a pas à dire, ces ouvrages là ont quelque chose de différent. Comment le dire à la nuit m'a moins convaincue que La fille qui tressait les nuages du même éditeur, malgré des points forts indiscutables.

Le début était pourtant très accrocheur. D'entrée de jeu, la plume de Vincent Tassy m'a conquise tant elle est poétique et rend à merveille les émotions et les atmosphères. Solitude, angoisse, touffeur des lieux... le rendu est excellent !

Chacun des premiers chapitres est consacré à un personnage différent, et selon un schéma assez classique mais néanmoins agréable, leurs destins finissent par se croiser. Malgré des époques très différentes, puisqu'on nous propose des voyages entre le 16ème siècle et nos jours... c'est assez déconcertant au début, je me suis d'abord demandée le rapport entre les uns et les autres... et finalement, les pièces du puzzle finissent par s'emboîter et la lumière par se faire (dans une certaine mesure, hein, parce que ça reste très dark).

L'ambiance est comme j'aime, très sombre, très gothique. Les passages doux et tendres laissent la place à des scènes d'une grande violence, sans signe annonciateur. C'est brutal, et très réussi. Et au milieu de tout ça ? Une grosse débâcle de rose, puisqu'un des personnages est éditrice de romans à l'eau de rose et fan inconditionnelle de Barbara Cartland... kitschissime à souhait, et extrêmement drôle ! Sans aucun doute, le "visuel" de ce roman est une réussite.

Le fond de ce roman est une réécriture du mythe du vampire, avec quelques nuances par rapport au mythe "fondateur" qui est pour moi celui de Bram Stoker. La façon de devenir un vampire, notamment, est originale et bien jolie.

Alors qu'est-ce qui a pêché, finalement, avec tous ces aspects positifs ? 
Eh bien j'ai trouvé, alors que l'intrigue m'avait bien accrochée au départ, que tout devenait très brouillon et répétitif dans le dernier tiers. J'ai fini par m'ennuyer, un peu, et par attendre la fin. Petite déception.
Un autre point m'a agacée légèrement : la représentation LGBTQIA+, à laquelle je suis très sensible et qui m'a enchantée dans les premiers chapitres, est très vite devenue "catalogue". Chapitre 1 : couple gay. Chapitre 2 : romance lesbienne. Chapitre 3 : transgenre. Là, j'ai commencé à barrer les lettres dans mon sigle. Et je me suis dit que ça manquait férocement d'un·e ace. Bingo, il en est question juste après ! J'ai trouvé cela un peu forcé, mais bon, c'est mieux qu'une absence de représentation, alors...

En conclusion, un roman à l'esthétique très réussie, qui révèle une bien jolie plume, mais qui patine un peu sur la fin et l'empêche de me toucher complètement. J'ai cependant envie de découvrir d'autres écrits de l'auteur, ne serait-ce que pour retrouver ces mots très agréables. Apostasie me semble un bon candidat pour cela !



dimanche 21 juillet 2019

Autobiographie d'une Courgette de Gilles Paris

Des années que ce roman traînait dans ma wish-list suite à la lecture de chroniques élogieuses, et à la sortie de l'adaptation ciné (que je n'ai pas vue). Eh bien il aura fallu pas moins... d'un book-club sur le thème des fruits et légumes pour que je le lise enfin. Comme quoi, tout peut arriver !

Année d'édition : 2016
Nombre de pages : 224 pages
Genre : drame, contemporaine
Edition : Plon







Synopsis :
Icare dit "Courgette", petit garçon de 9 ans, est né du mauvais côté de la vie.
Depuis tout petit, il veut tuer le ciel, à cause de sa mère qui dit souvent : "Le ciel, ma Courgette, c'est grand pour nous rappeler que dans la vie on n'est pas grand chose".
Depuis son accident, la mère d'Icare ne travaille plus, boit de la bière en regardant la télévision et ne s'occupe pas de son fils.
Un jour Courgette, à défaut de tuer le ciel, va tuer accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur".
Placé en maison d'accueil, Courgette découvre enfin l'Amitié, les fous rires, les larmes, les émotions et l'Amour...
Un petit chef-d'oeuvre d'humour et d'émotions. L'apprentissage d'une vie...

Mon avis :
Une fois de plus, je ressors d'un livre qui fait la quasi-unanimité avec un sentiment en demi-teinte. C'est frustrant ! Je vois bien ce que les gens ont adoré, ayant moi aussi trouvé pas mal d'attraits à ce roman, mais en même temps, je lui trouve un gros défaut qui m'a quelque peu refroidie...

Les bons côtés, d'abord !

Pas le temps de s'endormir avec ce court texte, puisque d'entrée de jeu le jeune Courgette tue accidentellement sa mère avec un pistolet qu'elle gardait (mal) caché à la maison. Il faut dire que l'alcool n'aide pas à être des plus perspicace.
Ni une ni deux, son paternel ayant décidé il y a quelques années d'aller découvrir le monde avec une poule, le garçon se retrouve catapulté en foyer d'accueil.
Dès lors, on suit son quotidien dans ce nouvel environnement, et surtout dans cette collectivité, ce qui fait une grande différence avec la vie d'avant. Plus question de regarder discrètement et avec envie le voisin qui peut à loisir se baigner dans la mare à cochons, ici tout le monde se retrouve face à face à un moment ou à un autre.

C'est une belle galerie de personnages que nous offre Gilles Paris. Du caïd au pleurnichard, du mutique à l'enfant qui semble ne rien ressentir... chacun traîne derrière lui son histoire, son vécu, ses espoirs et ses déceptions. Un passé qui n'est jamais anodin, on l'imagine bien, pour se retrouver dans un tel lieu si jeune. Les relations qui se tissent entre les uns et les autres sont assez similaires, finalement, à celles qu'on pourrait retrouver dans un groupe d'adultes. Les plus faibles sont rapidement identifiés pour servir de souffre-douleur et être la cible de violence autant physique que morale.
Pourtant, quelque chose contraste énormément avec la noirceur qu'on pourrait s'attendre à voir se répandre de page en page : la candeur, la naïveté, l'optimisme... Même en ayant connu, pour certain·e·s, les pires horreurs, le positivisme reste de mise, c'est une véritable leçon.

Le récit a lieu du point de vue de Courgette, avec son langage propre. Cela donne lieu à des passages attendrissants dans lesquels on se rend compte que beaucoup de nos expressions sont susceptibles de ne pas être reçues au bon degré par les enfants (le père qui part avec une poule, par exemple, on se demande bien pourquoi il s'encombre et si ça n'aurait pas été plus simple d'acheter des œufs sur place). C'en est aussi, de mon point de vue, la faiblesse, puisque 200 pages dans la tête et avec les mots d'un enfant, c'est long.

J'ai déploré aussi quelques incohérences. Une pensée, d'abord, pour le policier qui a trouvé Courgette qui semble avoir beaucoup de mal à ne pas ramener son travail à la maison. La conclusion qui en résulte me parait peu réaliste.
Mais mon plus gros problème, c'est le décalage apparent entre l'âge du personnage principal (8-9 ans environ), sa façon de parler (qui conviendrait davantage à un enfant de 6 ans... je ne crois pas qu'en CE2-CM1 on soit encore tenté·e d'essayer de "tuer le ciel" avec un pistolet), et son amourette (plus en adéquation avec des jeunes collégiens de 10-11 ans). Rien ne collait, dans mon esprit. Alors on peut arguer que la violence familiale, le fait d'être livré à lui-même pendant que sa mère s'enivrait constamment en engueulant la télé, et l'abandon par le père n'ont pas contribué à un développement optimal. Je le concède. Mais là, quand même, trop de décalage.

Bien dommage que ce dernier point ait parasité ma lecture au point d'en être ce que j'en ai le plus retenu... histoire touchante, malgré tout, mais pas convaincante. Peut-être tenterai-je  le film d'animation qui en découle, bien que cette fois ce soit plus le style visuel qui me freine... Affaire à suivre !

jeudi 27 juin 2019

Une prière pour Owen de John Irving

Il m'aura fallu m'y reprendre à deux fois pour lire ce roman à côté duquel je ne pouvais pas passer, tant il m'avait été bien vendu. A lire avec une bonne disponibilité d'esprit, cependant, c'est un livre assez dense et exigeant !


Année d'édition : 1990
Nombre de pages : 664 pages
Genre : contemporaine
Edition : France Loisirs







Synopsis :
Lorsque John Wheelwright évoque avec nostalgie le puzzle invraisemblable de sa jeunesse, un personnage en émerge : Owen, son ami dont la frêle enveloppe dissimulait une volonté de fer, une foi absolue ou la conviction profonde qu'il était l'instrument de Dieu. Cet ange du Bizarre ne s'était-il pas assigné la double tâche de réparer le tort causé à John et de sauver le monde ?

Mon avis :
Sacrée lecture, lecture sacrée que celle-ci. Présentée par beaucoup comme un monument de la littérature américaine, elle a été ma deuxième incursion dans le monde de John Irving. Si je n'ai pas boudé mon plaisir, bluffée par plusieurs aspects du roman, j'ai aussi parfois été mal à l'aise...

Je me fais souvent gentiment charrier à la maison sur ma consommation exagérée de littérature jeunesse, et le fait que j'aurais dû mal à lire autre chose. Que nenni. Il suffit juste de me conseiller... et d'être patient·e. Pas de ma faute si je reçois plus de recommandations dans certains domaines que d'autres !

Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par là. Le style Irving. Quelle écriture ! Ses mots sont précis, ses phrases ciselées, et c'est avec grand plaisir que je me suis laissée happer par ces pages. 
La structure du roman est elle aussi notable, puisque finalement on sait bien souvent ce qui va se passer avant l'heure, par le biais d'un certain nombre d'allers-retours entre présent (Johnny, le narrateur, est adulte et vit au Canada) et passé. Les anecdotes se succèdent, parfois sans que nous puissions voir exactement où l'on veut nous emmener... mais toutes les pièces du puzzle finissent par se mettre en place.

Ce roman, c'est aussi un contexte historique. Le récit se déroule sur une bonne vingtaine d'années, ce qui nous donne à voir certains événements historiques sous un jour nouveau : celui d'un citoyen américain. Pas d'un citoyen français, pas d'un livre d'histoire français... c'est vraiment intéressant. Plusieurs présidents se succèdent ainsi, mais aussi la Guerre Froide et surtout un autre conflit majeur et décrié : la Guerre du Vietnam.

Là-dessus viennent se greffer d'autres sujets du quotidien, encore bien présents dans la vie de nos voisin·e·s outre-atlantiques : la religion, la foi, ou encore la vie de deux familles en particulier qui semblent avoir bien peu en commun. En effet, si l'une est modeste, classique et plutôt en retrait, l'autre est au contraire bien dotée financièrement, très en vue, malgré un enfant "sans père" qui ne manque pas de faire jaser. Ce qui n'empêchera pas les enfants de ces familles de se lier d'une belle amitié, j'y reviendrai.
Le thème de la religion me tient généralement assez distante. Un peu difficile en plus, dans cette société américaine, de s'y retrouver entre les différents courants protestants qui ne manquent pas de se tirer dans les pattes et qui, s'ils découlent d'une même religion, semblent parfois partager peu de choses ! Mais je me suis finalement laissée prendre au jeu, essentiellement grâce à la guéguerre entre les deux pasteurs antagonistes : un ancien pilote de guerre au sourire ultra-bright très sûr de lui et un bègue qui doute et tente tant bien que mal de maîtriser sa marmaille. Devinez de qui je me suis sentie la plus proche.

Mais Une prière pour Owen, c'est avant tout une extraordinaire histoire d'amitié, entre Johnny Wheelwright, le fils de bonne famille, narrateur de l'histoire, et Owen Meany, l'insignifiant fils de carrier qui lui vole incontestablement la vedette. Au point qu'au-delà d'une histoire d'amitié, il s'agit davantage de l'histoire d'Owen. Ces deux-là partagent tout ! L'essentiel de leur temps, les jeux de Johnny, la famille de Johnny... oui, comme ça ça parait un peu déséquilibré... ça l'est.
Car la pièce maîtresse de cet ouvrage c'est Owen Meany. Malgré sa petite taille, l'absence de poids de ses parents dans le paysage local, et sa voix de fausset, le garçon devient une Voix, puis la Voix. Il en impose, son charisme est sans bornes, et sa montée en puissance spectaculaire. Au point parfois d'être malaisant pour moi dans certaines situations, comme dans son adoration et sa proximité physique avec la mère de Johnny, sa façon de s'approprier tantôt l'amarillo, tantôt le mannequin, ou encore le ton exécrable sur lequel il s'adresse à ses pauvres parents lors du spectacle de Noël. 
Mais peu à peu, le personnage prend du galon, et utilise son aplomb et sa notoriété pour servir des causes qui lui semblent justes, sans jamais oublier son ami de toujours. De très sûr de lui il en vient même à douter, ce qui lui redonne un soupçon supplémentaire d'humanité. J'ai fini par l'aimer, moi aussi, Owen.

Quoi qu'on pense du fond, de la forme, une chose est sûre : personne ne peut rester indifférent à Owen Meany. Et c'est ce qu'est ce livre, rendu plus fort par d'autres qualités annexes : une belle plume, et surtout Owen Meany.

samedi 11 mai 2019

Simetierre de Stephen King

Ça faisait une éternité que je n'avais pas remis le nez (de façon sérieuse) dans un Stephen King. Auteur qui a pourtant bercé mes tendres années, puisque ses romans ont fait partie de mes premières lectures "adultes". Il n'y a pas loin d'une vingtaine d'années...

Année d'édition : 2003
Nombre de pages : 636 pages
Genre : Horreur, fantastique
Edition : Le livre de poche







Synopsis :
Louis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s'installer avec sa famille à Ludlow, charmante petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Grandall, les emmène visiter le pittoresque vieux "simetierre" forestier où des générations successives d'enfants de la localité ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce "simetierre", tout au fond de la forêt, il en est un second, et c'est un lieu imprégné de magie qui vous enjôle et vous séduit par de mystérieuses et monstrueuses promesses. Bientôt, le drame se noue, et l'on se retrouve happé dans un suspense cauchemardesque, tellement affreux que l'on voudrait s'arracher à cette lecture...

Mon avis :
Mais quel bonheur de retrouver cet auteur dans un de ses romans emblématiques... J'ai replongé avec joie dans l'écriture si particulière du maître, dans ses ambiances si travaillées et amenées avec brio.

Ludlow, Maine. Louis Creed, médecin de son état, découvre avec sa famille la maison qu'il vient d'acheter, située sur un grand terrain délimité par une route passante et bordée, un peu plus loin dans la forêt, par le mythique Simetierre, fréquenté par les gamin·e·s du coin depuis des décennies.

Ce roman, comme souvent chez l'auteur, c'est avant tout une longue partie d'installation. L'ambiance, les personnages, les lieux se créent et deviennent plus tangibles page après page. Il est vrai que si vous avez en ce moment besoin d'un livre qui entre directement dans le feu de l'action, celui-ci n'est pas pour vous. Moi, j'avais le temps, j'avais envie de me laisser immerger dans cet univers, et c'est presque à regret que j'ai vu les premiers éléments perturbateurs se déclencher. Je serais bien restée encore un peu assise avec Norma, Louis et Jud sous la véranda des anciens à boire quelques bières et parler du coin, de la vie.

Les éléments fantastiques sont distillés petit à petit : visite du Simetierre, cauchemars de Louis... Le roman monte en puissance à mesure que l'on découvre les traditions et croyances des Indiens Micmacs et leur Wendigo, anciens habitants de ces terres.

Quand un événement tragique vient perturber le quotidien de la famille Creed, les réactions se font diverses, en fonction du passé des personnages, de leur personnalité. Il en découle un traitement très intéressant du rapport à la mort, et du deuil. Rachel, la femme de Louis, a connu des événements assez morbides dans son enfance, qui ont provoqué chez elle une phobie qui l'empêche d'aborder le sujet. Louis, lui, a en tant que médecin côtoyé la mort plus souvent qu'à son tour. Pour lui, elle fait partie de la vie, et il faut l'accepter... dans la limite de l'acceptable. Dès lors, difficile de s'accorder sur la conduite à tenir vis à vis des enfants. Faut-il les protéger ou les préparer ? Des questions sous-jacentes (que je trouve) passionnantes.

Les relations humaines sont également un point fort de l'écriture. Les tensions entre Louis et ses beaux-parents sont crispantes... On voit également comme elles peuvent évoluer dans des circonstances particulières, en bien ou en mal. Mention spéciale aussi à Louis et Rachel, qui ont une capacité assez extraordinaire à faire l'amour en toutes circonstances, chapeau.

L'écriture en elle-même est assez simple dans les mots employés. Je suis restée scotchée par la tendance de Stephen King à nous spoiler allègrement, nous annonçant des événements majeurs des dizaines de pages (a minima) avant qu'ils se produisent. Et le pire, c'est que ça ne gâche rien. 
Toujours étonnée aussi de voir à quel point il arrive à rendre des atmosphères aussi vivantes, aussi prenantes : bruits, odeurs, jeux de lumières, sensations... tout y est, et je me suis vraiment retrouvée avec les protagonistes dans la forêt à vivre mes balades les moins paisibles.

Je ne développe pas trop l'histoire pour ne pas spoiler plus que le maître lui-même, juste un mot sur la fin. Si elle en a frustré plus d'un·e, je l'ai trouvée parfaite. Pour le côté irrémédiable, pour laisser libre cours à quelque chose qui nous dépasse... Lisez-le.

Dernière mise en garde pour les propriétaires de chats : après avoir vécu 600 pages aux côtés de Church, vous ne verrez plus vos compagnons de la même façon...

mercredi 1 mai 2019

La porte de la salle de bain de Sandrine Beau

Lecture impulsive à la médiathèque, sur place, d'une traite. Mon regard avait été attiré par ces mots : Talents Hauts. Une édition qui avait su me convaincre par le passé. Il ne m'en fallait pas plus.

Année d'édition : 2015
Nombre de pages : 91 pages
Genre : jeunesse, contemporaine
Edition : Talents Hauts (collection Ego)







Synopsis :
Mia, adolescente, se réjouit de la métamorphose de son corps. Mais lorsqu'elle s'aperçoit que son beau-père entre régulièrement dans la salle de bain pendant qu'elle prend sa douche, la jeune fille met en place des stratagèmes pour le piéger.

Mon avis :
Quelle période perturbante que la puberté et tous les changements physiques qui l'accompagnent. Une période durant laquelle on est content·e·s de passer au stade suivant de la vie, de grandir... mais qui n'est pas sans complications. Car qui dit corps qui change, dit regards qui change.

Mia, la jeune protagoniste de ce court roman, ne fait pas exception à la règle. Elle jubile quand ses seins commencent à pointer, aussi minimes que soient au début ces immatures protubérances. Elle surveille, scrute, compare l'évolution de jour en jour. Clairement, cette transformation la travaille et l'enchante.

Ce qui l'enchante moins, en revanche, c'est le changement d'attitude de son beau-père, qui n'hésite pas, entre autres, à débarquer dans la salle de bain sans prévenir lorsqu'elle va prendre sa douche. Sujet délicat à traiter, et pourtant Sandrine Beau excelle. De page en page, diverses émotions m'ont traversée. Malaise, d'abord. L'intrusion du beau-père est-elle accidentelle ? Assez vite, on comprend que non. La colère, le dégoût, vis à vis de l'homme qui ose s'incruster dans l'intimité de la jeune fille. Une envie furieuse de l'attendre à la porte et de lui botter le cul. L'effroi, la douleur, la tension lorsque la situation ne s'arrange pas, que les proches ne réagissent pas comme il faut et qu'il faut ruser pour garder un tant soi peu de sphère privée.

Alors oui, ce n'est pas un sujet très réjouissant. Mais il est nécessaire. Nécessaire, car ces choses arrivent, que ce soit au domicile familial ou à l'extérieur. Nécessaire, car il faut que chaque jeune intègre que son intimité lui appartient. Qu'il faut s'exprimer quand la moindre entorse est faite à cette règle. Et surtout, ne pas se sentir coupable.

Encore une fois, les éditions Talents Hauts frappent très fort. Ce court roman est bouleversant. Brièveté, concision, efficacité, c'est un véritable uppercut, à mettre en les mains des enfants qui entrent doucement dans la puberté, et à commenter avec eux pour les accompagner au mieux et les aider à déceler les comportements potentiellement inconvenants voire complètement déplacés. Lecture nécessaire.

samedi 13 avril 2019

Interfeel d'Antonin Atger #PLIB2019

J'ai eu l'immense chance de gagner ce roman grâce à un concours organisé par Antonin Atger sur Twitter. D'autant plus cool qu'il faisait partie des 21 sélectionnés pour le PLIB2019 dans lequel je suis jurée !

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 496 pages
Genre : jeunesse, SF
Edition : Pocket Jeunesse
#ISBN9782823811834






Synopsis :
Et si le monde entier avait accès à vos émotions ?
Nathan et ses amis sont en permanence connectés à Interfeel, un réseau social qui permet de partager ses émotions. Pour l'immense majorité des habitants de la planète, connaître les émotions de chacun est tout aussi naturel que téléphoner. Mais un événement tragique va se produire sous leurs yeux et bouleverser Nathan. Fasciné par Élizabeth, une " sans-Réseau " qui vit en marge de la société, il voit toutes ses certitudes vaciller. Ce que les deux adolescents découvriront pourrait bien changer le monde à jamais...

Mon avis :
Dans Interfeel, premier roman de l'auteur, Antonin Atger nous embarque dans une dystopie dans laquelle les technologies connectées ont tout envahi. Tout le monde est en réseau et peut lire de façon très directe les émotions des autres. Peut-être trouverez-vous ça génial, personnellement je trouve l'idée glaçante ! Plus aucune émotion n'est intime, chaque personne devient un livre ouvert. Pire, les émotions peuvent se projeter sur les gens qui nous entourent... on voit assez vite à quel point il va être facile de manipuler ses semblables...

Pourtant, hormis dans un groupe d'individus vivant à l'écart des autres et refusant de se connecter, la technologie est bien acceptée. En apparence. Car heureusement, certain·e·s tentent avec leurs petits moyens de la remettre en question. C'est le cas du professeur de philo de Nathan qui, à l'issue d'un cours aux propos dissidents, se jette par la fenêtre. La graine du doute est semé dans l'esprit du héros, et de quelques uns de ses amis. Cette prise de conscience va s'accompagner de la rencontre d'une sans-réseau, Elizabeth, et la découverte du monde à l'ancienne... et des premières interrogations sur la réalité ou non des sentiments que l'on ressent.

La révolution qui se met en place dans ce groupe d'adolescent·e·s, motivé par le besoin de comprendre, ne va pas être simple pour tous, d'autant plus qu'elle nécessite pour eux de se mettre dans des situations inédites. Je n'en dis pas trop pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais cela ne se fait pas sans douleur, chacun·e réagissant à sa façon, avec son histoire personnelle. Trahisons, abandons surviennent inévitablement, mais globalement l'esprit d'équipe domine et c'est ce qui rend ce groupe attachant.

Une quête périlleuse débute alors, les embûches se multiplient. Une course-poursuite s'engage avec les autorités, dont les représentants, en particulier le second, font froid dans le dos. Leurs techniques sont contestables... Les médias d'information peu objectifs... Les ados sont bien seuls. De nombreux rebondissements confèrent au roman un rythme soutenu qui en fait un bon page-turner, avec il est vrai quelques facilités parfois dans la résolution des situations trop épineuses. Mais cela peut s'entendre dans un one-shot (du moins l'est-il probablement le temps de voir s'il marche suffisamment pour avoir une suite).

Tous les personnages évoluent, y compris les personnages secondaires. C'est assez flagrant chez les parents de Nathan, ce qui ajoute un peu de profondeur à l'histoire. On comprend bien que rien n'est tout blanc ou tout noir... une technologie n'est ni bonne ni mauvaise, tout dépend évidemment de l'utilisation qu'on en fait. Ce qui est bien le problème dans ce monde dystopique comme dans notre monde actuel.

A côté de ce malaise vis à vis du réseau, j'ai trouvé certaines utilisations d'une autre technologie, l'opale, assez géniales. Elle permet notamment de se retirer dans un monde intime, en projetant des images, sons, sensations autour de soi. Antistress de rêve. Elle permet aussi de laisser libre cours à l'imagination des plus créatifs comme Nathan, qui s'en sert pour réaliser des films, matérialisant l'image des éléments à introduire juste devant lui. La 4DX n'a qu'à bien se tenir !

En somme, j'ai trouvé qu'Interfeel était une dénonciation et une mise en garde intéressante sur le tournant hyperconnecté actuel que prend notre société. En plus d'être un roman dynamique, dont la plume assez légère nous embarque facilement. J'ai été assez dubitative lorsque, sur Twitter, l'auteur a posé la question aux lecteurs de savoir quelle technologie ils aimeraient avoir à leur disposition, et que la réponse majoritaire a été... le réseau. Cela en dit long sur le stade où nous en sommes actuellement, et nourrit mon pessimisme dévorant !

Un mot sur la fin (et pour la fin) : ce roman, one-shot en apparence, s'achève sur une fin très ouverte, appelant clairement à une suite... étrange. Eh bien non ! Info de dernière minute, l'auteur a annoncé début avril qu'il y aurait bien un tome 2, que j'attends donc de pied ferme malgré les quelques facilités de ce premier opus.

mardi 9 avril 2019

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer

Je lis peu de romances. J'y trouve rarement mon compte, j'ai souvent l'impression d'être engluée dans un pot de mélasse parfum niaiserie, et le pire, c'est quand au final il ne se passe rien. Chacun·e ses attentes, il en faut pour tous les goûts. Mais cette romance, elle m'a été conseillée, alors c'est différent. Et en plus, c'était le mois "romans épistolaires" dans le challenge 1 genre par mois. Toutes les conditions réunies pour se lancer dans l'aventure.

Année d'édition : 2011
Nombre de pages : 348 pages
Genre : romance, contemporaine, épistolaire
Edition : Le livre de poche







Synopsis :
En voulant résilier un abonnement, Emma Rothner se trompe d'adresse et envoie un mail à un inconnu, un certain Leo Leike. Ce dernier, poliment, lui signale son erreur ; Emma s'excuse, et, peu à peu, un dialogue s'engage entre eux, par mail uniquement. Au fil du temps, leur relation se tisse, s'étoffe, et ces deux inconnus vont se mettre à éprouver l'un pour l'autre une certaine fascination. Alors même qu'ils décident de ne rien révéler de leurs vies respectives, ils cherchent à deviner les secrets de l'autre... De plus en plus attirés et dépendants, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre. Emmi est mariée, et Leo se remet à grand peine d'un chagrin d amour. Un jour, pourtant – enfin ! –, ils décident de se donner rendez-vous dans un café bondé de la ville. Mais ils s'imposent une règle : reconnaître l'autre qu'ils n'ont pourtant jamais vu, avec interdiction formelle de lui parler...

Mon avis :
Tout le monde le trouve génial et très crédible, le point de départ de cette histoire. Une femme, Emma, maman et épouse modèle, veut résilier son abonnement à un magazine. Raté, ses doigts dérapent sur les touches, et au lieu d'adresser son message à la rédaction, elle l'envoie à un mystérieux inconnu plein d'esprit, avec lequel elle va entamer une correspondance passionnée et passionnante. Et en plus, cet inconnu qui ne peut qu'être beau habite sa ville ! Le destin, hein ? Bah non. Il y a fort à parier que si je me goure d'adresse mail, une des deux choses suivantes m'arrivera :
- possibilité numéro 1 : mail delivery system - user unknown
- possibilité numéro 2 : mon mail arrive dans la boîte spam d'un comptable sud-coréen qui de toutes façons n'aurait rien compris à mon message en français (rappelons que la langue d'origine de ce roman, c'est l'allemand).

Bon, heureusement que ce roman épistolaire nouvelle génération a quelques atouts. Il fait réfléchir, notamment, sur les échanges tels qu'ils sont grâce à internet, qui nous permet de multiplier les discussions avec des gens qu'on connait finalement peu, et que, pour la plupart, on ne rencontrera jamais.
Le ton est même assez juste, sur certains aspects. La curiosité d'abord, l'intérêt suscité peu à peu par l'autre, l'envie d'en savoir plus... puis l'attente du message suivant, la dépendance, la frustration et la déception quand la boite mail reste désespérément vide, l'inquiétude.
Ai-je dit quelque chose de déplacé, suis-je allé·e trop loin, ai-je tout gâché ?
Ces sentiments, quiconque a eu une correspondance amicalo-amoureuse un peu poussée, quel qu'en ait été le dénouement, les connait. Et la question inévitable qui finit par se poser : faut-il se rencontrer ? Les sentiments et sensations éprouvés de souffriront-ils pas du passage à la réalité ? L'attirance et l'intérêt de ces correspondances ne réside-t-il pas dans le mystère qui persiste tant qu'on reste à l'écrit ?
Vaste programme, et sujet fort complexe.

Oui mais voilà, les deux protagonistes ont fait que je n'ai pas accroché. Autant le ton de Léo laisse deviner une certaine finesse d'esprit, un goût des mots pour le moins prononcé, et une intelligence mâtinée d'un côté pétillant pas désagréable. Autant, Emma... pfff. Elle se révèle assez vite insupportable, jalouse, voire possessive. Elle pousse Léo dans les bras d'une autre, pour finalement lui reprocher d'être allée voir ailleurs alors qu'elle se refuse catégoriquement à le rencontrer. Alors certes, elle a de quoi se poser des questions : elle a des enfants, un mari aimant, on n'envoie pas tout valser pour un inconnu du jour au lendemain. Mais quand on ne se décide pas, on ne peut pas reprocher à l'autre en face de vivre. En plus, en témoigne son mode de stockage de mails, elle n'est pas très finaude.
On sait finalement assez peu de choses d'eux, concrètement, et ça ne m'a pas aidée à me projeter à leurs côtés.

Cette histoire, on peut la résumer comme ça : un pas en avant, trois pas en arrière. Il y a des idées assez séduisantes, pourtant, comme le passage dans le bar où ils savent être tous les deux, sans pouvoir s'identifier mutuellement. Mais ce qui persiste, ce qui domine cette lecture, c'est l'envie irrépressible de leur mettre un bon coup de pied aux fesses et qu'on avance enfin ! L'échange se déroule sur de longs mois... et quand on voit le contenu des messages après tout ce temps, on sent bien qu'on n'est pas prêts de toucher au but.

Peut-être la fin vient-elle twister un peu tout ça et relancer mon intérêt ? Que nenni. Frustration suprême. Celles et ceux qui ont aimé le livre semblent l'avoir trouvée géniale. A mon avis, les autres se sont senti·e·s volés. C'est chiant, parce qu'il y a un tome 2, et que du coup j'aimerais quand même savoir si l'histoire finit par prendre une direction qui correspondrait plus à mes attentes. Mais pfff. La motivation pour la lire n'est pas au top niveau.

Bon, vues les notes attribuées par les autres lectrices et lecteurs sur Livraddict, il semblerait que les détracteurs de ce roman soient à ranger dans la case "extra-terrestres". Ne vous arrêtez donc pas à mon avis !

mardi 2 avril 2019

Louis Pasteur contre les loups-garous de Flore Vesco

Ce court roman jeunesse est ma deuxième lecture de l'autrice Flore Vesco. La première, De cape et de mots, m'avait laissé un bon souvenir (amoureuse des mots oblige), et celui-ci avait également été encensé par mes copinautes Camille et Sia... Sa lecture en était donc très logique ! 

Année d'édition : 2016
Nombre de pages : 212 pages
Genre : jeunesse, aventure
Edition : Didier Jeunesse







Synopsis :
Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l'institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. Sa rentrée est bouleversée par des meurtres aussi terribles que mystérieux, perpétrés dans l'enceinte même de l'école. Pour démasquer le coupable, il s'associe à la jeune Constance, une pensionnaire intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d'épée pour sauver les élèves et même... le roi Louis-Philippe!

Mon avis :
Il y a bien une raison pour laquelle je n'avais pas ouvert ce livre plus tôt : la première de couverture me paraissait terriblement jeunesse. Erreur ! 

Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par parler du style. Car l'écriture de Flore Vesco, c'est une vraie patte. Elle est acérée, subtile, drôle... le langage utilisé est tout à fait approprié aux échanges tels qu'on les imagine aux XIXème siècle. C'est survitaminé, pêchu, et on en redemande, surtout quand le dialogue traduit un total décalage culturel !
La petite touche en plus, c'est la présentation de chaque chapitre, "à l'ancienne", avec les temps forts annoncés sous forme de formule chimique. Je crains toujours un peu ce procédé, auquel on pourrait reprocher de casser l'effet de surprise, mais force est de constater que ça fonctionne bien.

L'histoire, quant à elle, nous ramène 2 siècles en arrière, sous le règne de Louis-Philippe, dans un prestigieux institut royal dans lequel les meilleurs (et surtout les plus riches) étudiants viennent apprendre les sciences. La compétition fait rage, les coups-bas sont légion, et cette tension reste perceptible en filigrane au fil des pages. Mais Louis Pasteur contre les loups-garous, c'est avant tout un roman d'aventures fantastique, dans lequel enquêtes, expériences et combats contre des monstres démesurés et éminemment poilus se mêlent habilement et donnent un rythme endiablé à la lecture.

Mais bien sûr, l'atout principal de cet opus, c'est Louis Pasteur. Tout le monde le connait pour ses découvertes révolutionnaires qui interviennent encore aujourd'hui dans notre quotidien. Mais qui l'a imaginé jeune adulte, encore à l'école ? Et c'est ce qui m'a le plus amusée. Louis est présenté comme un héros taciturne, intéressé uniquement par la science, et incompris de la quasi-totalité de ses professeurs et camarades tant ses idées sont novatrices. Il faut dire que son origine jurassienne et sa bourse d'études le mettait déjà quelque peu à l'écart de la haute société parisienne caractéristique de l'institut.

Le temps s'écoule différemment pour Pasteur. Aveuglé par ses expérimentations diurnes et ses enquêtes et confrontations nocturnes, il met bien longtemps à voir Constance, lycéenne dans une autre partie (interdite !) de cette école. Cette dernière n'est pourtant pas dénuée d'atouts ni d'intérêt. Écrasée par le carcan de la bonne société, elle aspire à des choses plus simples, et à des occupations plus "masculines" : elle fait ainsi peu de cas de la broderie et des danses de salon, disciplines majeures dans son éducation, mais se passionne pour l'escrime, normalement réservée à ses congénères du sexe fort. Les deux énergumènes forment un duo irrésistiblement efficace dans la résolution des difficultés qui se mettent sur leur chemin !

D'autres personnages viennent enrichir le récit, parmi lesquels un prof de science qui semble servir ses intérêts avant tout, un directeur assez mystérieux, des concierges étranges et une gouvernante des jeunes filles qui veille au grain sur ses protégées !

En conclusion, un court roman jubilatoire qu'il aurait été dommage de ne pas découvrir. Ne faites pas la même erreur que moi et ne vous arrêtez pas à cette couverture enfantine ! De mon côté, je suis bien motivée à découvrir le deuxième opus de cette saga de la "société super secrète des savants et sciences surnaturelles", qui cette fois met en scène le non moins illustre Gustave Eiffel. Tout un programme !