mercredi 14 août 2019

La fille qui tressait les nuages de Céline Chevet #PLIB2019

A la différence de ma dernière lecture du PLIB, je n'avais pas du tout repéré ce roman. Publié par une maison d'édition que je ne connais pas, sa couverture me laissait penser qu'il s'agissait d'une histoire très douce, trop édulcorée, peut-être, et à destination des plus jeunes... tout faux ! Découvrons donc ce troisième finaliste de l'édition 2019 !

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 288 pages
Genre : fantastique
Edition : Chat Noir
#ISBN9782375680797






Synopsis :
Saitama-ken, Japon.

Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets.

Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la sœur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son cœur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai…

Fable surréaliste, la Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Mon avis :
C'est assez difficile de parler de ce roman sans trop en dévoiler. Je vais donc tenter de vous donner mon ressenti et de le justifier sans tomber dans les écueils du vilain spoil !

La fille qui tressait les nuages est un roman surprenant à plus d'un titre. Je le disais en introduction, la première de couverture m'a induite en erreur quant à son contenu. Un bon moyen peut-être d'ajouter à l'effet de surprise. Mais pas d'erreur : il ne s'agit pas là d'un livre pour enfants...

L'histoire se déroule au Japon. J'aime d'ordinaire beaucoup les univers japonisants mais ici, il n'est pas déterminant. Les éléments culturels y sont parfois un peu martelés (énumération de plats par exemple), si bien que j'ai un peu eu l'impression que l'autrice voulait m'apprendre du vocabulaire ! Mais c'est un point de détail, l'essentiel est bien ailleurs.

Car le point fort de ce roman, c'est son ambiance. Céline Chevet a su mettre en place une atmopshère malaisante, qui s'alourdit petit à petit, à mesure que nous découvrons les mystères qui gravitent autour des protagonistes. Des drames ont eu lieu, c'est certain, mais lesquels ? Qui concernent-ils ?
Le démarrage semble pour un court instant assez classique, et très vite des éléments de fantastique viennent se mêler au reste. Il en résulte un récit surréaliste construit autour d'une malédiction terrible... Le procédé est maîtrisé, sans aucun doute !

La plume poétique de l'autrice contraste fort avec la noirceur de ce qui se déroule sous nos yeux. Des faits affreux, terriblement glauques, racontés avec une sorte de "douce froideur". Voilà qui est plutôt glaçant ! Et à l'opposé de cette pratique réconfortante du tissage de nuages !

Les personnages quant à eux viennent habilement compléter le tableau. Julian, le personnage central, est finalement le moins mystérieux. Il est en revanche parfait pour traiter du sujet du deuil puisqu'il n'arrive pas à oublier la sœur de Souichiro, décédée 2 ans auparavant et dont il était fou amoureux. 
Haru, très amie avec Julian, semble intéressée par ce dernier. 
Souichiro est le plus mâture de la bande. Constamment à la recherche de conquêtes plus âgées, il a quelque chose de sombre et dérangeant. Son comportement est totalement en décalage avec celui de ses amis, il se montre même paternaliste et protecteur avec Julian.
Akiko n'est pas en reste côté intérêt. Tellement effacée qu'on l'oublie constamment, ses actes m'ont parfois déconcertée, et mise mal à l'aise. Une belle brochette qui nous baigne dans les tracas de l'adolescence, entre amitié, premiers émois amoureux et jalousie...

De l'intrigue, je n'en révélerai pas trop. Peu à peu, deux des personnages tirent les fils de cette grande toile afin de faire le jour sur un mystère qui les parasite, et en apprendre davantage sur une malédiction ancienne... Si j'ai deviné la première révélation, je n'ai en revanche pas du tout vu venir la fin... C'est bien joué !

En conclusion, une belle surprise à côté de laquelle je serais passée sans le PLIB. Un livre étrange, dérangeant, à conseiller aux amatrices et amateurs du genre !




mardi 6 août 2019

Vivant de Roland Fuentès

Lecture très rapide mais non moins haletante, je vous propose aujourd'hui de découvrir un chouette roman jeunesse qui sort un peu des sentiers battus !

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 184 pages
Genre : drame, jeunesse
Edition : Syros







Synopsis :
Sept étudiants passent leurs vacances ensemble. L’un d’eux invite un nouvel ami, inconnu du groupe, Elias, qui cristallise aussitôt tous les regards. Nul n’aurait pu prévoir que le séjour entre potes qui s’annonçait si bien — sport, révisions, détente – tournerait en un combat à la vie, à la mort. À moins que la haine de « l’autre » n’ait été là, en germe, dès le premier instant.

Mon avis :
Vivant, c'est un court roman qui passe à la folle vitesse d'une course effrénée.
Dès la première page, nous sommes dans le bain : une course-poursuite, clairement hostile, nous est narrée. Elle oppose Mattéo et Elias, sans toutefois que l'on sache pourquoi. Le danger, l'envie de s'en sortir s'oppose à la haine et au besoin d'en découdre. Qu'est-ce qui les a menés là ?

La raison, nous la découvrons à travers les points de vue alternés des différents membres d'un groupe d'adolescents réunis dans les calanques pour un stage de leur cru, alternant révisions et entraînements sportifs. Ils ont 17-18 ans, se retrouvent régulièrement, et apprennent ensemble à vivre en communauté, en collectivité, en faisant des concessions. Tous se connaissent. Sauf que cette fois, un nouvel individu est introduit dans le groupe...

Le nouveau est super souriant, serviable, sympa... très sportif. Très vite, on se rend compte que son charme ne laisse pas indifférent certaines demoiselles, ce qui ne manque pas de susciter une jalousie sourde et non admise. Là où les adolescent·e·s acquis·e·s à la cause du nouveau acceptent de ne pas tout savoir de leur interlocuteur, se complaisant dans une forme de mystère, pour les autres c'est carrément une source de suspicion. De méfiance. Et comme il est manifestement d'origine étrangère, de racisme.

L'auteur a pris le parti d'alterner les passages de course-poursuite, de plus en plus intenses, de plus en plus physiques, et les témoignages des ami·e·s, révélant la montée de tension au sein du groupe avant que la chasse soit donnée. Et le résultat est une belle réussite : de part en part, j'ai ressenti un poids, une tension alors que je voyais l'inéluctable se nouer devant mes yeux impuissants. Les deux héros, eux, n'ont pas voix au chapitre, ce qui nous permet de dérouler les révélations une à une...

Un roman à lire d'une traite, sans souffler, en calant sa lecture sur les pas des coureurs.
C'est chez Sia d'Encres et calames que je l'avais repéré, vous pourrez trouver son avis ici.

dimanche 21 juillet 2019

Autobiographie d'une Courgette de Gilles Paris

Des années que ce roman traînait dans ma wish-list suite à la lecture de chroniques élogieuses, et à la sortie de l'adaptation ciné (que je n'ai pas vue). Eh bien il aura fallu pas moins... d'un book-club sur le thème des fruits et légumes pour que je le lise enfin. Comme quoi, tout peut arriver !

Année d'édition : 2016
Nombre de pages : 224 pages
Genre : drame, contemporaine
Edition : Plon







Synopsis :
Icare dit "Courgette", petit garçon de 9 ans, est né du mauvais côté de la vie.
Depuis tout petit, il veut tuer le ciel, à cause de sa mère qui dit souvent : "Le ciel, ma Courgette, c'est grand pour nous rappeler que dans la vie on n'est pas grand chose".
Depuis son accident, la mère d'Icare ne travaille plus, boit de la bière en regardant la télévision et ne s'occupe pas de son fils.
Un jour Courgette, à défaut de tuer le ciel, va tuer accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur".
Placé en maison d'accueil, Courgette découvre enfin l'Amitié, les fous rires, les larmes, les émotions et l'Amour...
Un petit chef-d'oeuvre d'humour et d'émotions. L'apprentissage d'une vie...

Mon avis :
Une fois de plus, je ressors d'un livre qui fait la quasi-unanimité avec un sentiment en demi-teinte. C'est frustrant ! Je vois bien ce que les gens ont adoré, ayant moi aussi trouvé pas mal d'attraits à ce roman, mais en même temps, je lui trouve un gros défaut qui m'a quelque peu refroidie...

Les bons côtés, d'abord !

Pas le temps de s'endormir avec ce court texte, puisque d'entrée de jeu le jeune Courgette tue accidentellement sa mère avec un pistolet qu'elle gardait (mal) caché à la maison. Il faut dire que l'alcool n'aide pas à être des plus perspicace.
Ni une ni deux, son paternel ayant décidé il y a quelques années d'aller découvrir le monde avec une poule, le garçon se retrouve catapulté en foyer d'accueil.
Dès lors, on suit son quotidien dans ce nouvel environnement, et surtout dans cette collectivité, ce qui fait une grande différence avec la vie d'avant. Plus question de regarder discrètement et avec envie le voisin qui peut à loisir se baigner dans la mare à cochons, ici tout le monde se retrouve face à face à un moment ou à un autre.

C'est une belle galerie de personnages que nous offre Gilles Paris. Du caïd au pleurnichard, du mutique à l'enfant qui semble ne rien ressentir... chacun traîne derrière lui son histoire, son vécu, ses espoirs et ses déceptions. Un passé qui n'est jamais anodin, on l'imagine bien, pour se retrouver dans un tel lieu si jeune. Les relations qui se tissent entre les uns et les autres sont assez similaires, finalement, à celles qu'on pourrait retrouver dans un groupe d'adultes. Les plus faibles sont rapidement identifiés pour servir de souffre-douleur et être la cible de violence autant physique que morale.
Pourtant, quelque chose contraste énormément avec la noirceur qu'on pourrait s'attendre à voir se répandre de page en page : la candeur, la naïveté, l'optimisme... Même en ayant connu, pour certain·e·s, les pires horreurs, le positivisme reste de mise, c'est une véritable leçon.

Le récit a lieu du point de vue de Courgette, avec son langage propre. Cela donne lieu à des passages attendrissants dans lesquels on se rend compte que beaucoup de nos expressions sont susceptibles de ne pas être reçues au bon degré par les enfants (le père qui part avec une poule, par exemple, on se demande bien pourquoi il s'encombre et si ça n'aurait pas été plus simple d'acheter des œufs sur place). C'en est aussi, de mon point de vue, la faiblesse, puisque 200 pages dans la tête et avec les mots d'un enfant, c'est long.

J'ai déploré aussi quelques incohérences. Une pensée, d'abord, pour le policier qui a trouvé Courgette qui semble avoir beaucoup de mal à ne pas ramener son travail à la maison. La conclusion qui en résulte me parait peu réaliste.
Mais mon plus gros problème, c'est le décalage apparent entre l'âge du personnage principal (8-9 ans environ), sa façon de parler (qui conviendrait davantage à un enfant de 6 ans... je ne crois pas qu'en CE2-CM1 on soit encore tenté·e d'essayer de "tuer le ciel" avec un pistolet), et son amourette (plus en adéquation avec des jeunes collégiens de 10-11 ans). Rien ne collait, dans mon esprit. Alors on peut arguer que la violence familiale, le fait d'être livré à lui-même pendant que sa mère s'enivrait constamment en engueulant la télé, et l'abandon par le père n'ont pas contribué à un développement optimal. Je le concède. Mais là, quand même, trop de décalage.

Bien dommage que ce dernier point ait parasité ma lecture au point d'en être ce que j'en ai le plus retenu... histoire touchante, malgré tout, mais pas convaincante. Peut-être tenterai-je  le film d'animation qui en découle, bien que cette fois ce soit plus le style visuel qui me freine... Affaire à suivre !