dimanche 8 juillet 2018

Celle qui voulait conduire le tram de Catherine Cuenca

Séduite récemment par D'un trait de fusain, aux éditions Talents Hauts, j'avais très envie de découvrir d'autres titres, proposés en particulier dans la collection Les Héroïques. Je suis tombée sur celui-ci, que j'ai lu, par pur hasard, juste après Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet, et qui traite du même thème.

Année d'édition : 2017
Nombre de pages : 147 pages
Genre : jeunesse, historique
Edition : Talents Hauts







Synopsis :
1916 : les hommes sont mobilisés sur le front. À l’arrière, les femmes prennent la relève. Parmi elles, Agnès est embauchée comme conductrice de tramway. Lorsque son mari, Célestin, rentre blessé de la guerre, il supporte mal qu’elle gagne plus que lui. Une fois la paix revenue, Agnès est renvoyée : les hommes doivent retrouver leur place. Révoltée par cette injustice, elle s’engage dans le mouvement des suffragettes. C’en est trop pour Célestin.

Mon avis :
Première Guerre Mondiale. Les hommes sont envoyés au front, laissant vacants de nombreux postes qui leur sont habituellement réservés. Mais voilà, sans conducteurs de tram, sans contrôleurs, sans ouvriers d'usine, on comprend vite que le pays est paralysé et ne peut pas suivre la guerre sur le plan logistique. Il est temps de faire une entorse aux sacro-saintes règles patriarcales et de laisser une chance aux femmes, sinon d'être les égales des hommes, de les remplacer. Agnès décide donc de quitter son travail pour postuler aux services de transports en commun. Son rêve, c'est de conduire une de ces grosses machines, job qui offre en plus l'avantage d'être beaucoup mieux payé.

Et là, stupéfaction. Ça fonctionne ! Le pays revit, les trams circulent. Alors certes, les usagers de sexe mâle ont eu quelques difficultés au début à garder leurs remarques déplacées pour eux. Les femmes bien conditionnées par le carcan sexiste aussi, d'ailleurs. Mais petit à petit, les choses se sont débloquées et sont devenues plus "normales" pour tout le monde.

Quand les hommes font leur retour, le soufflé retombe. Les femmes redeviennent ce qu'elles avaient toujours été : des inférieures au service de leurs mari, père, frère... Leurs nouveaux emplois leur sont retirés. Beaucoup doivent faire face à la violence de leurs hommes traumatisés, blessés par la guerre. Doivent répondre aux envies pressantes de leurs conjoints privés pendant de longs mois de la volupté de leur femme. Doivent se soumettre à l'entrain que mettent les hommes à repeupler le pays, sous la houlette du gouvernement. On imagine la violence des événements pour ces héroïnes de l'ombre bien trop éphémères. Agnès en fait les frais de façon particulièrement brutale, exposée à la violence physique de son mari qu'un alcoolisme avancé n'arrange pas.
Un vent de révolte souffle alors... Les premiers mouvements féministes se mettent en place. 

Agnès rencontre à cette occasion des femmes fortes, parmi lesquelles Madeleine Pelletier, militante homosexuelle et fière de s'affranchir des normes vestimentaires en s'affichant, le croirez-vous... en pantalon ! Scandaleux. Une invertie, en plus ! Aux côtés des suffragettes, Agnès se prend alors de plus en plus à rêver d'émancipation et de liberté... Les droits des femmes tarderont à s'élargir, mais il ne fait nul doute que ces femmes-là, ces battantes, ont largement contribué à nous donner à nous, les femmes d'aujourd'hui, le confort de vie et les possibilités qui nous sont offertes. Même s'il reste encore du chemin à parcourir.

Bien que moins fouillé que le roman de Charlotte Bousquet, notamment au niveau de la psychologie des personnages, Celle qui voulait conduire le tram m'a offert un excellent moment de lecture. Petit bonus, l'action se déroule à Lyon et ses environs, ville que je connais bien. J'ai trouvé génial de m'y promener... un siècle en arrière.

Essai transformé pour les éditions Talents Hauts, et en particulier cette collection des Héroïques ! Des romans courts, efficaces et poignants qui nous donnent envie de faire quelque chose à notre échelle, d'être nous aussi des personnages de l'ombre sur lesquels compter. A mettre dans la bibliothèque pour les enfants, plus tard !

Et vous, vous connaissez la collection ? Vous avez des titres à conseiller ? N'hésitez pas à les partager ici !

lundi 2 juillet 2018

Juin 2018 en films

Back to the movies ! 4 séances ciné au moins de juin, et un trèèès vieux film vu à la maison !

* L'OVNI cinématographique
Mon ket
Ce film de François Damiens est entièrement tourné en caméra cachée, et le résultat est à la fois wtf et très original. C'est plutôt bien fait ! Des situations improbables créent de gros moments de malaise chez les gens piégés, très drôles par moments. Mais certaines réactions montrent qu'il reste du bon dans ce monde (cambriolage, bureau de tabac, banc public...). A voir pour le fun.


* Le retour en enfance
Jurassic World - Fallen Kingdom
J'étais contente d'aller voir un Jurassic Park, j'adorais le premier film quand j'étais gosse. J'ai peut-être vu le 2 depuis, mais pas les autres. Eh bien, rien de nouveau sous le soleil : intrigue classique, méchants prévisibles... J'ai malgré tout adoré Blue et la gamine, ainsi que le geek en chef et la paléovétérinaire (ça a de la gueule, quand même). Les persos secondaires quoi. La fin est clairement une ouverture à une suite, mais ça risque de tourner en rond. Divertissant quand même, pour le plaisir de revoir les dinos ! Je regarderai sans doute ceux que j'ai ratés pour le côté éthologique.

* Le moins bruyant
Sans un bruit
Vu dans le cadre de la soirée des passionnés, ce film bénéficie d'une grosse, grosse promo. Film d'horreur en salle comble, c'est toujours sympa. L'ambiance est particulière, silencieuse. La musique fait beaucoup dans ce film. L'idée est bonne, pas mal de scènes assez prévisibles, mais... j'ai quand même sursauté une fois. Pas mal ! Bon, malgré tout, je me dis qu'à voir comme ils sont débrouillards, ils auraient pu s'en sortir très facilement.
Pour les amateurs de frissons !

* Le plus bad-ass (et mon préféré du mois) !
Ocean's 8
Voilà, un film qui donne la pêche ! 2h sans temps morts, un plan sévèrement bien rôdé pour un casse sensationnel. Ça, c'est le cadre. Le casting, maintenant, c'est une team de nanas bad-ass, aussi différentes que nombreuses. Mes chouchoutes ? La geekette en puissance (doit y avoir un truc avec ça ^^) et la pick-pocket. Ah, guess what, elles montent tout ça sans l'aide d'un seul bonhomme, ça fait du bien ! Et je n'ai doublement pas vu venir la fin. Il vous faut quoi de plus ?

* La séance rétro
Les enfants du paradis
Attention, à regarder si vous avez du temps devant vous : ce film, constitué de deux parties dure plus de 3h. Étonnant pour un film des années 40 ! Réalisé par Marcel Carné, il est plein de poésie, en particulier les scènes de mime/théâtre qui occupent une grande partie de l'action. Arletty tient la tête d'affiche. Enfin je l'aurai vue dans un film ! Très agréable moment qui nous rappelle que ces vieux longs-métrages en noir et blanc peuvent être de petites pépites. Try it !

Un petit mot à part aujourd'hui : j'ai enfin commencé la série Sherlock. J'adhère, et j'adore ! Benedict Cumberbatch quoi ! ♥

mardi 26 juin 2018

La maison biscornue d'Agatha Christie

Suggestion m'avait été faite pour mes lectures de vacances d'y glisser un Agatha Christie, valeur sûre et que je ressens comme très estivale, malgré des sujets peu joyeux. Mon choix s'est porté sur La maison biscornue, que je ne connaissais pas du tout.

Année d'édition : 1949
Nombre de pages : 188 pages
Genre : policier
Edition : Le Livre de Poche







Synopsis :
Sous la domination d'un aïeul tyrannique, une étrange famille habite cette maison biscornue : deux fils, deux belles-filles, trois petits-enfants, une vieille tante...
Mais aussi la toute jeune seconde épouse du grand-père et le précepteur qui pourrait bien être son amant... Puis le grand-père meurt, qui peut bien l'avoir tué ? La seule personne qui semble avoir une idée précise sur la question c'est Joséphine, douze ans. Joséphine a des idées sur tout. Y compris sur l'art dramatique, les motivations des criminels et l'art d'empoisonner les gens. C'est un petit monstre très sympathique.
Et il faut être attentif aux petits monstres.

Mon avis :
C'est toujours un plaisir de retrouver la plume d'Agatha Christie qui, si elle a un peu vieilli par certains aspects, reste extrêmement agréable et distrayante.

La maison biscornue est à la fois le titre et le théâtre des événements. Une vieille demeure familiale toute tordue, qui abrite une famille non moins cabossée, malgré les apparences. Des apparences qu'ils s'efforcent tous de maintenir mais qui s'effritent largement le jour où Aristide, le grand-père, est empoisonné.

Les premiers soupçons s'orientent très vite sur Brenda, deuxième épouse d'Aristide et sa cadette de quelques décennies, très vite perçue comme une impitoyable veuve noire. Il faut dire que sa culpabilité arrangerait tout le monde, écartant la barbarie de la famille pure souche. Mais peu à peu, ce huis-clos passionnant et sombre révèle les secrets des uns et des autres et pointe du doigt une chose : toutes et tous auraient pu avoir quelque profit à tirer de ce décès. L'ambiance s'alourdit encore alors que chacun accuse son frère, son oncle ou sa belle-sœur.

Plusieurs figures mènent l'enquête en parallèle. Les détectives, bien sûr, c'est leur boulot. Mais ils reçoivent aussi l'aide de Charles, jeune homme fiancé à Sophia, l'aînée des petits-enfants. C'est aussi le fils de l'inspecteur principal, qui compte sur lui pour recueillir des informations de l'intérieur. Malheureusement, je l'ai trouvé assez insipide, n'osant pas poser trop de questions, de crainte de froisser la famille de sa douce. 
Joséphine, la plus jeune soeur de Sophia n'a quant à elle pas froid aux yeux. Elle se mêle de toute, mène l'enquête à sa façon, toujours accompagnée de son fidèle carnet de notes. Elle a un côté sale gosse qui la rend insupportable, mais c'est clairement le personnage qui a le plus de saveur dans ce roman !

De page en page, Agatha Christie nous promène, déplaçant nos soupçons alternativement sur l'un·e ou l'autre. Difficile d'écarter un·e suspect·e, et c'est ce qui rend l'histoire si captivante ! Jusqu'à la révélation finale... glaçante, et évidente après coup. Un coup de maître. Un Agatha Christie.

En somme, si l'intrigue est assez classique, la réalisation est magistrale, et on s'étonne d'avoir pu porter des accusations sur autant de personnages en si peu de pages. C'est une oeuvre à l'image de cette grande romancière (et une de ses deux préférées, d'ailleurs), dont je ne me lasse pas. Ma mission maintenant est de regarder l'adaptation cinématographique qui en a été faite récemment, et de continuer mes lectures de l'autrice... la prochaine étant Mort sur le Nil.