mercredi 14 août 2019

La fille qui tressait les nuages de Céline Chevet #PLIB2019

A la différence de ma dernière lecture du PLIB, je n'avais pas du tout repéré ce roman. Publié par une maison d'édition que je ne connais pas, sa couverture me laissait penser qu'il s'agissait d'une histoire très douce, trop édulcorée, peut-être, et à destination des plus jeunes... tout faux ! Découvrons donc ce troisième finaliste de l'édition 2019 !

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 288 pages
Genre : fantastique
Edition : Chat Noir
#ISBN9782375680797






Synopsis :
Saitama-ken, Japon.

Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets.

Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la sœur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son cœur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai…

Fable surréaliste, la Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Mon avis :
C'est assez difficile de parler de ce roman sans trop en dévoiler. Je vais donc tenter de vous donner mon ressenti et de le justifier sans tomber dans les écueils du vilain spoil !

La fille qui tressait les nuages est un roman surprenant à plus d'un titre. Je le disais en introduction, la première de couverture m'a induite en erreur quant à son contenu. Un bon moyen peut-être d'ajouter à l'effet de surprise. Mais pas d'erreur : il ne s'agit pas là d'un livre pour enfants...

L'histoire se déroule au Japon. J'aime d'ordinaire beaucoup les univers japonisants mais ici, il n'est pas déterminant. Les éléments culturels y sont parfois un peu martelés (énumération de plats par exemple), si bien que j'ai un peu eu l'impression que l'autrice voulait m'apprendre du vocabulaire ! Mais c'est un point de détail, l'essentiel est bien ailleurs.

Car le point fort de ce roman, c'est son ambiance. Céline Chevet a su mettre en place une atmopshère malaisante, qui s'alourdit petit à petit, à mesure que nous découvrons les mystères qui gravitent autour des protagonistes. Des drames ont eu lieu, c'est certain, mais lesquels ? Qui concernent-ils ?
Le démarrage semble pour un court instant assez classique, et très vite des éléments de fantastique viennent se mêler au reste. Il en résulte un récit surréaliste construit autour d'une malédiction terrible... Le procédé est maîtrisé, sans aucun doute !

La plume poétique de l'autrice contraste fort avec la noirceur de ce qui se déroule sous nos yeux. Des faits affreux, terriblement glauques, racontés avec une sorte de "douce froideur". Voilà qui est plutôt glaçant ! Et à l'opposé de cette pratique réconfortante du tissage de nuages !

Les personnages quant à eux viennent habilement compléter le tableau. Julian, le personnage central, est finalement le moins mystérieux. Il est en revanche parfait pour traiter du sujet du deuil puisqu'il n'arrive pas à oublier la sœur de Souichiro, décédée 2 ans auparavant et dont il était fou amoureux. 
Haru, très amie avec Julian, semble intéressée par ce dernier. 
Souichiro est le plus mâture de la bande. Constamment à la recherche de conquêtes plus âgées, il a quelque chose de sombre et dérangeant. Son comportement est totalement en décalage avec celui de ses amis, il se montre même paternaliste et protecteur avec Julian.
Akiko n'est pas en reste côté intérêt. Tellement effacée qu'on l'oublie constamment, ses actes m'ont parfois déconcertée, et mise mal à l'aise. Une belle brochette qui nous baigne dans les tracas de l'adolescence, entre amitié, premiers émois amoureux et jalousie...

De l'intrigue, je n'en révélerai pas trop. Peu à peu, deux des personnages tirent les fils de cette grande toile afin de faire le jour sur un mystère qui les parasite, et en apprendre davantage sur une malédiction ancienne... Si j'ai deviné la première révélation, je n'ai en revanche pas du tout vu venir la fin... C'est bien joué !

En conclusion, une belle surprise à côté de laquelle je serais passée sans le PLIB. Un livre étrange, dérangeant, à conseiller aux amatrices et amateurs du genre !




mardi 6 août 2019

Vivant de Roland Fuentès

Lecture très rapide mais non moins haletante, je vous propose aujourd'hui de découvrir un chouette roman jeunesse qui sort un peu des sentiers battus !

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 184 pages
Genre : drame, jeunesse
Edition : Syros







Synopsis :
Sept étudiants passent leurs vacances ensemble. L’un d’eux invite un nouvel ami, inconnu du groupe, Elias, qui cristallise aussitôt tous les regards. Nul n’aurait pu prévoir que le séjour entre potes qui s’annonçait si bien — sport, révisions, détente – tournerait en un combat à la vie, à la mort. À moins que la haine de « l’autre » n’ait été là, en germe, dès le premier instant.

Mon avis :
Vivant, c'est un court roman qui passe à la folle vitesse d'une course effrénée.
Dès la première page, nous sommes dans le bain : une course-poursuite, clairement hostile, nous est narrée. Elle oppose Mattéo et Elias, sans toutefois que l'on sache pourquoi. Le danger, l'envie de s'en sortir s'oppose à la haine et au besoin d'en découdre. Qu'est-ce qui les a menés là ?

La raison, nous la découvrons à travers les points de vue alternés des différents membres d'un groupe d'adolescents réunis dans les calanques pour un stage de leur cru, alternant révisions et entraînements sportifs. Ils ont 17-18 ans, se retrouvent régulièrement, et apprennent ensemble à vivre en communauté, en collectivité, en faisant des concessions. Tous se connaissent. Sauf que cette fois, un nouvel individu est introduit dans le groupe...

Le nouveau est super souriant, serviable, sympa... très sportif. Très vite, on se rend compte que son charme ne laisse pas indifférent certaines demoiselles, ce qui ne manque pas de susciter une jalousie sourde et non admise. Là où les adolescent·e·s acquis·e·s à la cause du nouveau acceptent de ne pas tout savoir de leur interlocuteur, se complaisant dans une forme de mystère, pour les autres c'est carrément une source de suspicion. De méfiance. Et comme il est manifestement d'origine étrangère, de racisme.

L'auteur a pris le parti d'alterner les passages de course-poursuite, de plus en plus intenses, de plus en plus physiques, et les témoignages des ami·e·s, révélant la montée de tension au sein du groupe avant que la chasse soit donnée. Et le résultat est une belle réussite : de part en part, j'ai ressenti un poids, une tension alors que je voyais l'inéluctable se nouer devant mes yeux impuissants. Les deux héros, eux, n'ont pas voix au chapitre, ce qui nous permet de dérouler les révélations une à une...

Un roman à lire d'une traite, sans souffler, en calant sa lecture sur les pas des coureurs.
C'est chez Sia d'Encres et calames que je l'avais repéré, vous pourrez trouver son avis ici.

dimanche 21 juillet 2019

Autobiographie d'une Courgette de Gilles Paris

Des années que ce roman traînait dans ma wish-list suite à la lecture de chroniques élogieuses, et à la sortie de l'adaptation ciné (que je n'ai pas vue). Eh bien il aura fallu pas moins... d'un book-club sur le thème des fruits et légumes pour que je le lise enfin. Comme quoi, tout peut arriver !

Année d'édition : 2016
Nombre de pages : 224 pages
Genre : drame, contemporaine
Edition : Plon







Synopsis :
Icare dit "Courgette", petit garçon de 9 ans, est né du mauvais côté de la vie.
Depuis tout petit, il veut tuer le ciel, à cause de sa mère qui dit souvent : "Le ciel, ma Courgette, c'est grand pour nous rappeler que dans la vie on n'est pas grand chose".
Depuis son accident, la mère d'Icare ne travaille plus, boit de la bière en regardant la télévision et ne s'occupe pas de son fils.
Un jour Courgette, à défaut de tuer le ciel, va tuer accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur".
Placé en maison d'accueil, Courgette découvre enfin l'Amitié, les fous rires, les larmes, les émotions et l'Amour...
Un petit chef-d'oeuvre d'humour et d'émotions. L'apprentissage d'une vie...

Mon avis :
Une fois de plus, je ressors d'un livre qui fait la quasi-unanimité avec un sentiment en demi-teinte. C'est frustrant ! Je vois bien ce que les gens ont adoré, ayant moi aussi trouvé pas mal d'attraits à ce roman, mais en même temps, je lui trouve un gros défaut qui m'a quelque peu refroidie...

Les bons côtés, d'abord !

Pas le temps de s'endormir avec ce court texte, puisque d'entrée de jeu le jeune Courgette tue accidentellement sa mère avec un pistolet qu'elle gardait (mal) caché à la maison. Il faut dire que l'alcool n'aide pas à être des plus perspicace.
Ni une ni deux, son paternel ayant décidé il y a quelques années d'aller découvrir le monde avec une poule, le garçon se retrouve catapulté en foyer d'accueil.
Dès lors, on suit son quotidien dans ce nouvel environnement, et surtout dans cette collectivité, ce qui fait une grande différence avec la vie d'avant. Plus question de regarder discrètement et avec envie le voisin qui peut à loisir se baigner dans la mare à cochons, ici tout le monde se retrouve face à face à un moment ou à un autre.

C'est une belle galerie de personnages que nous offre Gilles Paris. Du caïd au pleurnichard, du mutique à l'enfant qui semble ne rien ressentir... chacun traîne derrière lui son histoire, son vécu, ses espoirs et ses déceptions. Un passé qui n'est jamais anodin, on l'imagine bien, pour se retrouver dans un tel lieu si jeune. Les relations qui se tissent entre les uns et les autres sont assez similaires, finalement, à celles qu'on pourrait retrouver dans un groupe d'adultes. Les plus faibles sont rapidement identifiés pour servir de souffre-douleur et être la cible de violence autant physique que morale.
Pourtant, quelque chose contraste énormément avec la noirceur qu'on pourrait s'attendre à voir se répandre de page en page : la candeur, la naïveté, l'optimisme... Même en ayant connu, pour certain·e·s, les pires horreurs, le positivisme reste de mise, c'est une véritable leçon.

Le récit a lieu du point de vue de Courgette, avec son langage propre. Cela donne lieu à des passages attendrissants dans lesquels on se rend compte que beaucoup de nos expressions sont susceptibles de ne pas être reçues au bon degré par les enfants (le père qui part avec une poule, par exemple, on se demande bien pourquoi il s'encombre et si ça n'aurait pas été plus simple d'acheter des œufs sur place). C'en est aussi, de mon point de vue, la faiblesse, puisque 200 pages dans la tête et avec les mots d'un enfant, c'est long.

J'ai déploré aussi quelques incohérences. Une pensée, d'abord, pour le policier qui a trouvé Courgette qui semble avoir beaucoup de mal à ne pas ramener son travail à la maison. La conclusion qui en résulte me parait peu réaliste.
Mais mon plus gros problème, c'est le décalage apparent entre l'âge du personnage principal (8-9 ans environ), sa façon de parler (qui conviendrait davantage à un enfant de 6 ans... je ne crois pas qu'en CE2-CM1 on soit encore tenté·e d'essayer de "tuer le ciel" avec un pistolet), et son amourette (plus en adéquation avec des jeunes collégiens de 10-11 ans). Rien ne collait, dans mon esprit. Alors on peut arguer que la violence familiale, le fait d'être livré à lui-même pendant que sa mère s'enivrait constamment en engueulant la télé, et l'abandon par le père n'ont pas contribué à un développement optimal. Je le concède. Mais là, quand même, trop de décalage.

Bien dommage que ce dernier point ait parasité ma lecture au point d'en être ce que j'en ai le plus retenu... histoire touchante, malgré tout, mais pas convaincante. Peut-être tenterai-je  le film d'animation qui en découle, bien que cette fois ce soit plus le style visuel qui me freine... Affaire à suivre !

lundi 1 juillet 2019

Juin 2019 en films !

Probablement le dernier mois de ciné au rythme habituel avant un grand changement dans notre vie, qui devrait nous tenir un peu plus à distance des salles obscures. Pour la bonne cause ! Et je partagerai toujours les films vus à la maison !


Au ciné en juin

* Le remake tant attendu que craint
Aladdin
C'est un de mes premiers Disney, quand j'étais minaude. J'avais la cassette vidéo, l'album Panini, le jeu sur Sega Mega Drive II... Alors forcément, j'appréhendais un peu cette nouvelle version en live action. Très bonne surprise finalement, puisque l'ensemble est fidèle et que les libertés prises par rapport à l'original n'ont fait que donner plus d'épaisseur et d'intérêt à la princesse. Difficile de se faire au visage des personnages au début, en particulier de Jafar ou du Sultan, mais ça finit par venir. Et le rôle du génie confié à Will Smith, ça lui va à merveille ! Bon bilan finalement. Bémol sur les deux chansons ajoutées qui n'ont pas remporté notre adhésion (puisqu'on ne les connaissait pas, donc qu'on ne pouvait pas les chanter !). Reste à voir ce qu'ils auront fait de mon cultissime Roi Lion !


* La bonne copine flippante...
Ma
J'avais repéré ce film pour deux raisons : il est réalisé par le mec qui a fait Get out, que j'ai adoré pour son ambiance, et Octavia Spencer est une actrice découverte ces dernières années et de plus en plus appréciée. Essai transformé avec ce nouveau thriller, qui prend le temps de poser les bases de la manipulation et de l'emprise psychologique. D'aucuns diront qu'il ne se passe rien pendant longtemps... Moi je trouve que c'est cette variation de rythme qui rend le tout si réaliste et flippant. Vraiment aimé ! Du coup, il va falloir que je me penche sur Happy birthdead, du même réalisateur et que je n'ai pas encore vu !

* X-trêmement long
X-Men : Dark Phoenix
Je ne suis pas une inconditionnelle des X-Men, je ne les connais pas tous par cœur, mais je vais toujours avec plaisir voir le petit dernier au ciné. Je me serais finalement bien passée de celui-là. Malgré l'émotion en début de film, malgré le plaisir de retrouver les ancien·ne·s (Raven, surtout), j'ai trouvé la dernière partie du film beaucoup trop longue, malgré une surenchère d'effets spéciaux pour rendre impressionnante la grosse bagarre. Bilan : je me suis endormie. Tant pis, je reprendrai la saga par les premiers, et réfléchirai avant d'aller voir les prochains !

* Woman in black
Men in Black International
Décidément, il semblerait que les années qui passent ne me réussissent pas sur les films d'action et les suites de sagas cultes ! Quelle déception que ce nouveau MIB. Alors certes, les acteurs principaux ont changé, mais j'ai trouvé qu'on avait perdu beaucoup en humour, en créatures un peu fun, et en visibilité du carlin. Oui, on a là encore des effets spéciaux qui envoient du pâté, mais je crois que je suis lassée de les voir tout casser, tout le temps. Au moins, on met en avant une demoiselle. C'est toujours ça de pris.

* Encore une meilleure amie flippante !
Greta
Et encore un film qui m'a conquise ! Isabelle Huppert tient parfaitement son rôle de veuve éplorée qui a besoin de compagnie, qu'elle recherche assidûment dans la population jeune et féminine new-yorkaise. On sent dès le début qu'il y a quelque chose de malaisant, mais là encore, le réalisateur prend le temps de mettre les choses en place, et y a pas à dire, ça fonctionne. Le thriller psychologique est mon genre du moment, il faut croire. Peut-être parce les frissons générés sont les seuls à pouvoir soulager la température infernale du moment (fallait bien que j'en parle, tout le monde en parle ^^) ?

* Nǐ hǎo Ping-Pong
Made in China
Qui a vu la bande-annonce de cette comédie n'attend pas le film du siècle, mais le divertissement est bon, les blagues bien que potaches assez drôles. Evidemment, ce genre de film a pour but de surfer sur les clichés et d'en rire, on sait ce qu'on va voir. Mais il y a quand même un fond sérieux, avec des relations difficiles voire rompues entre un père et son fils, et les interrogations que cela suscite quand le fiston va lui même avoir un enfant... On retrouve Frédéric Chau et Medi Sadoun, deux des gendres contestés croisés dans Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? Ces deux-là fonctionnent bien ensemble !

* Radicalement intéressant
Le jeune Ahmed
Un film des frères Dardenne dont, honte à moi, je n'avais encore rien vu... Primé au festival de Cannes de cette année pour sa mise en scène, c'est un long-métrage poignant sur l'inéluctable évolution vers le radicalisme religieux d'un jeune musulman qui a fait une mauvaise rencontre, en la personne d'un imam extrémiste. On suit son parcours, mais aussi la réaction, le désespoir et l'impuissance de ses proches, au premier rang desquels sa maman. Et on s'interroge... Comment arrêter cette spirale infernale ? Comment empêcher les plus faibles de se faire embrigader ? Un film à voir. 


Et à la maison !

God save Queen
Bohemian Rhapsody
C'est rarissime que je revois aussi vite un film vu au ciné. Mais celui-là, j'étais déjà prête à retourner le voir en salle une deuxième fois, alors... Mon paternel fan du groupe étant à la maison, et n'ayant pas tenu à aller le voir sur grand écran parce que "ce n'était pas Freddy Mercury dedans" (désolée, le vrai était mort ^^), je lui ai plus ou moins imposé ce visionnage. J'ai pleuré, encore, à la fin. Et lui a apprécié ! Yay ! Il semblerait que ce brillant biopic ait trouvé grâce à ses yeux. Je suis joie ! :)

* La contrepartie au superbe biopic
Alibi.com
"On a mis un film à la télé". Ah cool, c'est quoi ? Alibi.com. Bon, soit. J'ai vu récemment Epouse-moi mon pote avec le même duo, et le même réalisateur. Ça cassait pas trois pattes à un canard mais ça passait le temps. Eeeeh, voilà. Film...facile, grossier, prévisible... Je m'en serais passée, mais bon, je pourrai au moins le cocher sur ma liste des films vus !

jeudi 27 juin 2019

Une prière pour Owen de John Irving

Il m'aura fallu m'y reprendre à deux fois pour lire ce roman à côté duquel je ne pouvais pas passer, puisqu'il s'agit d'un des romans fétiches de ma moitié. A lire avec une bonne disponibilité d'esprit, cependant, c'est un livre assez dense et exigeant !


Année d'édition : 1990
Nombre de pages : 664 pages
Genre : contemporaine
Edition : France Loisirs







Synopsis :
Lorsque John Wheelwright évoque avec nostalgie le puzzle invraisemblable de sa jeunesse, un personnage en émerge : Owen, son ami dont la frêle enveloppe dissimulait une volonté de fer, une foi absolue ou la conviction profonde qu'il était l'instrument de Dieu. Cet ange du Bizarre ne s'était-il pas assigné la double tâche de réparer le tort causé à John et de sauver le monde ?

Mon avis :
Sacrée lecture, lecture sacrée que celle-ci. Présentée par beaucoup comme un monument de la littérature américaine, elle a été ma deuxième incursion dans le monde de John Irving. Si je n'ai pas boudé mon plaisir, bluffée par plusieurs aspects du roman, j'ai aussi parfois été mal à l'aise...

Je me fais souvent gentiment charrier par ma moitié sur ma consommation exagérée de littérature jeunesse, et que j'aurais dû mal à lire autre chose. Que nenni. Il suffit juste de me conseiller... et d'être patient·e. Pas de ma faute si je reçois plus de recommandations dans certains domaines que d'autres !

Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par là. Le style Irving. Quelle écriture ! Ses mots sont précis, ses phrases ciselées, et c'est avec grand plaisir que je me suis laissée happer par ces pages. 
La structure du roman est elle aussi notable, puisque finalement on sait bien souvent ce qui va se passer avant l'heure, par le biais d'un certain nombre d'allers-retours entre présent (Johnny, le narrateur, est adulte et vit au Canada) et passé. Les anecdotes se succèdent, parfois sans que nous puissions voir exactement où l'on veut nous emmener... mais toutes les pièces du puzzle finissent par se mettre en place.

Ce roman, c'est aussi un contexte historique. Le récit se déroule sur une bonne vingtaine d'années, ce qui nous donne à voir certains événements historiques sous un jour nouveau : celui d'un citoyen américain. Pas d'un citoyen français, pas d'un livre d'histoire français... c'est vraiment intéressant. Plusieurs présidents se succèdent ainsi, mais aussi la Guerre Froide et surtout un autre conflit majeur et décrié : la Guerre du Vietnam.

Là-dessus viennent se greffer d'autres sujets du quotidien, encore bien présents dans la vie de nos voisin·e·s outre-atlantiques : la religion, la foi, ou encore la vie de deux familles en particulier qui semblent avoir bien peu en commun. En effet, si l'une est modeste, classique et plutôt en retrait, l'autre est au contraire bien dotée financièrement, très en vue, malgré un enfant "sans père" qui ne manque pas de faire jaser. Ce qui n'empêchera pas les enfants de ces familles de se lier d'une belle amitié, j'y reviendrai.
Le thème de la religion me tient généralement assez distante. Un peu difficile en plus, dans cette société américaine, de s'y retrouver entre les différents courants protestants qui ne manquent pas de se tirer dans les pattes et qui, s'ils découlent d'une même religion, semblent parfois partager peu de choses ! Mais je me suis finalement laissée prendre au jeu, essentiellement grâce à la guéguerre entre les deux pasteurs antagonistes : un ancien pilote de guerre au sourire ultra-bright très sûr de lui et un bègue qui doute et tente tant bien que mal de maîtriser sa marmaille. Devinez de qui je me suis sentie la plus proche.

Mais Une prière pour Owen, c'est avant tout une extraordinaire histoire d'amitié, entre Johnny Wheelwright, le fils de bonne famille, narrateur de l'histoire, et Owen Meany, l'insignifiant fils de carrier qui lui vole incontestablement la vedette. Au point qu'au-delà d'une histoire d'amitié, il s'agit davantage de l'histoire d'Owen. Ces deux-là partagent tout ! L'essentiel de leur temps, les jeux de Johnny, la famille de Johnny... oui, comme ça ça parait un peu déséquilibré... ça l'est.
Car la pièce maîtresse de cet ouvrage c'est Owen Meany. Malgré sa petite taille, l'absence de poids de ses parents dans le paysage local, et sa voix de fausset, le garçon devient une Voix, puis la Voix. Il en impose, son charisme est sans bornes, et sa montée en puissance spectaculaire. Au point parfois d'être malaisant pour moi dans certaines situations, comme dans son adoration et sa proximité physique avec la mère de Johnny, sa façon de s'approprier tantôt l'amarillo, tantôt le mannequin, ou encore le ton exécrable sur lequel il s'adresse à ses pauvres parents lors du spectacle de Noël. 
Mais peu à peu, le personnage prend du galon, et utilise son aplomb et sa notoriété pour servir des causes qui lui semblent justes, sans jamais oublier son ami de toujours. De très sûr de lui il en vient même à douter, ce qui lui redonne un soupçon supplémentaire d'humanité. J'ai fini par l'aimer, moi aussi, Owen.

Quoi qu'on pense du fond, de la forme, une chose est sûre : personne ne peut rester indifférent à Owen Meany. Et c'est ce qu'est ce livre, rendu plus fort par d'autres qualités annexes : une belle plume, et surtout Owen Meany.

mardi 11 juin 2019

Mai 2019 en films !

Nous étions en vacances en mai, l'occasion de se faire quelques toiles très agréables ! Voyons ce bilan.


Au ciné en mai

* Le plus confidentiel
Coming out
Je suis tombée par hasard sur cette production à la distribution encore confidentielle, mais qui j'espère va prendre de l'ampleur en cette quinzaine des fiertés. C'est un film témoignage très touchant qui, comme son nom l'indique, traite du coming out. Sa particularité ? Ce sont des vidéos ou bandes audio réelles, repérées sur internet par le réalisateur et montées pour en faire ce film touchant. Soutien, réactions stéréotypées, rejet... toute la palette est représentée. A voir.


* Almodovar...
Douleur et gloire
Un film très contemplatif, très... Almodovar. Avec un soupçon de mauvaise foi, j'ai demandé à ma moitié en sortant de la séance de quoi parlait le film. En réalité, c'est assez bien fait. Les relations humaines, toujours, sont au centre de l'oeuvre du réalisateur. La drogue. La solitude. La descente aux enfers. L'influence du vécu sur la création. Y a pas à dire, ça sonne comme une belle mise en abîme d'un (du ?) réalisateur.

* On va vous décortiquer ! On est...
Les crevettes pailletées
Une comédie familiale très drôle, en témoignent les nombreux rires dans la salle comble d'adultes et d'enfants. Chaque personnage a son histoire, ses parts d'ombre et de lumière. Ici, on utilise les clichés pour s'en moquer allègrement, et ça fonctionne bien. Beaucoup d'émotions, aussi. Et un message : la haine vient souvent du fait que l'on connait mal ce contre quoi elle est dirigée...




* Les petits mouchoirs, 10 ans après
Nous finirons ensemble

J'avais adoré le premier opus, j'en parlais d'ailleurs dans le bilan du mois dernier. Cette suite a été parfaitement à la hauteur de mes attentes ! Entre rires et larmes, comme le premier. Les personnages ont évolué, en bien ou en mal, et conservent des liens très forts malgré les différends qui peuvent ou ont pu les opposer. Une belle leon d'amitié qui perdure malgré les années qui passent !

* La comédie potache
Venise n'est pas en Italie
Benoit Poelvoorde et Valérie Bonneton en tête d'affiche, c'est ce qui m'a amenée à aller voir cette comédie dont j'attendais simplement de passer un moment de détente. Mission accomplie ! Certes ce n'est pas hilarant, mais on rigole quand même pas mal, et on désespère pour le pauvre Emile dont les parents sont à la fois envahissants et hors normes. Mais finalement, elle est attachante, cette famille. J'ai particulièrement aimé le lien entre les deux frangins !


Et à la maison !

Adaptation d'un roman tout juste lu
Beignets de tomates vertes
Au programme du book-club de juin dans le coin, le thème fruits et légumes (non non, cherchez pas...). J'avais proposé ce roman dont j'entendais beaucoup de bien depuis longtemps et que j'ai vraiment, vraiment apprécié. Chronique d'un petit village d'Amérique où le KKK s'oppose aux forces vives qui défendent l'égalité et la liberté, c'est un très bon moment de lecture. J'ai été un peu moins convaincue par le film, qui ne fait pas forcément la part belle au personnage le plus fort et aussi celui que j'ai préféré dans le livre. Les images ont vieilli. A choisir entre les deux, plongez-vous plutôt entre les pages !

samedi 11 mai 2019

Simetierre de Stephen King

Ça faisait une éternité que je n'avais pas remis le nez (de façon sérieuse) dans un Stephen King. Auteur qui a pourtant bercé mes tendres années, puisque ses romans ont fait partie de mes premières lectures "adultes". Il n'y a pas loin d'une vingtaine d'années...

Année d'édition : 2003
Nombre de pages : 636 pages
Genre : Horreur, fantastique
Edition : Le livre de poche







Synopsis :
Louis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s'installer avec sa famille à Ludlow, charmante petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Grandall, les emmène visiter le pittoresque vieux "simetierre" forestier où des générations successives d'enfants de la localité ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce "simetierre", tout au fond de la forêt, il en est un second, et c'est un lieu imprégné de magie qui vous enjôle et vous séduit par de mystérieuses et monstrueuses promesses. Bientôt, le drame se noue, et l'on se retrouve happé dans un suspense cauchemardesque, tellement affreux que l'on voudrait s'arracher à cette lecture...

Mon avis :
Mais quel bonheur de retrouver cet auteur dans un de ses romans emblématiques... J'ai replongé avec joie dans l'écriture si particulière du maître, dans ses ambiances si travaillées et amenées avec brio.

Ludlow, Maine. Louis Creed, médecin de son état, découvre avec sa famille la maison qu'il vient d'acheter, située sur un grand terrain délimité par une route passante et bordée, un peu plus loin dans la forêt, par le mythique Simetierre, fréquenté par les gamin·e·s du coin depuis des décennies.

Ce roman, comme souvent chez l'auteur, c'est avant tout une longue partie d'installation. L'ambiance, les personnages, les lieux se créent et deviennent plus tangibles page après page. Il est vrai que si vous avez en ce moment besoin d'un livre qui entre directement dans le feu de l'action, celui-ci n'est pas pour vous. Moi, j'avais le temps, j'avais envie de me laisser immerger dans cet univers, et c'est presque à regret que j'ai vu les premiers éléments perturbateurs se déclencher. Je serais bien restée encore un peu assise avec Norma, Louis et Jud sous la véranda des anciens à boire quelques bières et parler du coin, de la vie.

Les éléments fantastiques sont distillés petit à petit : visite du Simetierre, cauchemars de Louis... Le roman monte en puissance à mesure que l'on découvre les traditions et croyances des Indiens Micmacs et leur Wendigo, anciens habitants de ces terres.

Quand un événement tragique vient perturber le quotidien de la famille Creed, les réactions se font diverses, en fonction du passé des personnages, de leur personnalité. Il en découle un traitement très intéressant du rapport à la mort, et du deuil. Rachel, la femme de Louis, a connu des événements assez morbides dans son enfance, qui ont provoqué chez elle une phobie qui l'empêche d'aborder le sujet. Louis, lui, a en tant que médecin côtoyé la mort plus souvent qu'à son tour. Pour lui, elle fait partie de la vie, et il faut l'accepter... dans la limite de l'acceptable. Dès lors, difficile de s'accorder sur la conduite à tenir vis à vis des enfants. Faut-il les protéger ou les préparer ? Des questions sous-jacentes (que je trouve) passionnantes.

Les relations humaines sont également un point fort de l'écriture. Les tensions entre Louis et ses beaux-parents sont crispantes... On voit également comme elles peuvent évoluer dans des circonstances particulières, en bien ou en mal. Mention spéciale aussi à Louis et Rachel, qui ont une capacité assez extraordinaire à faire l'amour en toutes circonstances, chapeau.

L'écriture en elle-même est assez simple dans les mots employés. Je suis restée scotchée par la tendance de Stephen King à nous spoiler allègrement, nous annonçant des événements majeurs des dizaines de pages (a minima) avant qu'ils se produisent. Et le pire, c'est que ça ne gâche rien. 
Toujours étonnée aussi de voir à quel point il arrive à rendre des atmosphères aussi vivantes, aussi prenantes : bruits, odeurs, jeux de lumières, sensations... tout y est, et je me suis vraiment retrouvée avec les protagonistes dans la forêt à vivre mes balades les moins paisibles.

Je ne développe pas trop l'histoire pour ne pas spoiler plus que le maître lui-même, juste un mot sur la fin. Si elle en a frustré plus d'un·e, je l'ai trouvée parfaite. Pour le côté irrémédiable, pour laisser libre cours à quelque chose qui nous dépasse... Lisez-le.

Dernière mise en garde pour les propriétaires de chats : après avoir vécu 600 pages aux côtés de Church, vous ne verrez plus vos compagnons de la même façon...

vendredi 3 mai 2019

Avril 2019 en films !

Après un début en douceur, la fin avril a été plus chargée en sorties cinés, et accessoirement en belles découvertes. Horreur, superhéros, drame, comédie potache... il y en a pour tous les goûts !


Au ciné en avril

* Le blockbuster du mois
Avengers : Endgame
Les avis sont partagés sur cet opus qui signe définitivement la fin d'une époque. Les Avengers restants suite à Infinity War unissent leurs forces. La part belle leur est faite, à chacun d'entre eux, on sent vraiment une volonté de la part des réalisateurs de les mettre en valeur. Il faut dire que les 3h de film rendent possibles le fait de prendre son temps. Moi, j'ai aimé cet opus, même si mes favoris n'étaient pas de la partie (ou de façon anecdotique), même malgré le côté potache du traitement de Thor, par exemple. La deuxième moitié du film fait  efficacement monter le rythme et la pression, et la (première) conclusion est juste... parfaite.

* Aime ton prochain mais pas trop s'il rentre pas dans le moule...
Boy erased
Un film très dur émotionnellement mais très réussi sur les thérapies de conversion. On y suit Jared, fils de pasteur, qui révèle des tendances homosexuelles qui ne sont pas au goût de son cher papa. Il est alors envoyé dans un "camp" où on se charge de remettre tous les gosses de son genre dans le droit chemin, à coup de Bible et de grands discours... Basé sur une histoire vraie, et ça existe encore... Glaçant.

* Raboule les Maltesers
Chamboultout
Ce long-métrage m'a un peu évoqué Les petits mouchoirs, en plus léger et bon enfant. Des ami·e·s se retrouvent pour les vacances autour de Frédéric, aveugle et dépourvu de filtre depuis son accident, et sa femme Béatrice qui vient d'écrire un roman retraçant leur histoire depuis l'événement tragique. Langue de bois, non-dits, faces voilées... Chacun·e se retrouve (ou non) dans ce livre, qui ne plait pas à tout le monde. Assez drôle, avec quelques passages mémorables.

* Découverte tardive d'un classique
Dumbo
Bizarrement, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu le dessin animé étant gamine. Le début m'a mise assez mal à l'aise, je crois que j'ai maintenant beaucoup de mal avec la présence des animaux dans les cirques et l'espace ridiculement petit auquel ils ont accès. Au-delà de ça, cette réalisation de Tim Burton (que je n'ai pas vraiment retrouvé, hormis peut-être dans la bouille de l'éléphant) est très sombre et visuellement convaincante. Beaucoup ont déploré les ajouts/modifications par rapport à l'original. Je ne pourrais pas en juger. J'ai passé un bon moment, une fois passé le malaise initial.

* Un nouveau King adapté !!
Simetierre
Celui-là, je l'attendais de pied ferme ! J'avais eu le temps de finir le roman avant d'aller voir son adaptation, tout était très frais dans ma mémoire. Si l'atmosphère a été plutôt bien rendue, avec un long temps de mise en place à la King, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de libertés prises par rapport à la version originale. Certaines que j'explique facilement (l'âge des jeunes acteurs, par exemple), d'autres moins... On sursaute, parfois, mais globalement c'est plutôt un film d'ambiance, qui reste plaisant.

* Qui est qui ?
Us
Récemment conquise par Get out (enfin, l'année dernière quoi) du même réalisateur, j'ai traîné un peu avant d'aller voir ce film dont les critiques n'étaient pas tendres. Selon de nombreux spectateurs, il ne se passait rien... Eh bien comme d'habitude, j'ai bien fait de dépasser les avis des autres pour aller me faire le mien ! Un film d'horreur/thriller assez haletant, rythmé, avec un concept sympa et des doubles bien flippants... A voir pour les amateurs du genre !


Et à la maison !

* Capitaine, mon capitaine
Bienvenue à bord
Je ne suis clairement pas une fan de Dubosc. Une fois de plus, dans ce film, il campe le rôle d'un crétin fini. On ne s'attend pas à la comédie de l'année, mais finalement, je me suis surprise à me marrer de temps à autre. J'avais vu ce film à sa sortie, et il m'avait laissé un bon souvenir... C'était parfait pour une soirée à glandouiller devant la télé en faisant autre chose. Et puis, la Capitaine, quoi.



* Bienvenue au zoo
Nouveau départ
Celui-là, je ne l'avais pas vu ! Après le décès de sa femme, un père de famille décide de prendre un nouveau départ avec ses enfants en rachetant... un zoo, qui tombe un peu en décrépitude et est la cible d'un inspecteur intransigeant bien décidé à l'empêcher de rouvrir. L'occasion pour la petite famille de resserrer les liens, et de se découvrir des talents personnels. Un film familial, avec une petite dernière juste trop choupinette.

* Encore une adaptation
Inferno
Et encore un film que j'avais déjà vu, mais qui reste agréable à la deuxième session. Résolution de mystères, toujours en lien avec la religion, on ne s'y trompe pas, on est bien chez Dan Brown ! Je crois que j'avais préféré les deux précédents (Da Vinci Code et Anges et démons) mais je garde assez peu de souvenirs du deuxième. Faudrait que je me remette à leur lecture, parce qu'en-dehors du roman qui l'a fait connaître, je n'ai pas exploré l'univers de l'auteur...

* Arrête de pleurer, Pénélope
Les petits mouchoirs
La suite doit sortir bientôt, presque 10 ans après ce premier opus signé Guillaume Canet. Un film que j'apprécie particulièrement, tant je le trouve réaliste dans sa représentation des relations entre ami·e·s. Evolution des relations, envie d'en secouer certain·e·s à un moment ou à un autre, tensions, mais aussi et surtout grands moments de partage... J'ai, encore une fois, fini le visionnage à grands renforts de *grands* mouchoirs. Vivement la suite, bien que j'appréhende toujours d'aller voir un film dont je sais pertinemment qu'il me ferait pleurer comme une madeleine...

mercredi 1 mai 2019

La porte de la salle de bain de Sandrine Beau

Lecture impulsive à la médiathèque, sur place, d'une traite. Mon regard avait été attiré par ces mots : Talents Hauts. Une édition qui avait su me convaincre par le passé. Il ne m'en fallait pas plus.

Année d'édition : 2015
Nombre de pages : 91 pages
Genre : jeunesse, contemporaine
Edition : Talents Hauts (collection Ego)







Synopsis :
Mia, adolescente, se réjouit de la métamorphose de son corps. Mais lorsqu'elle s'aperçoit que son beau-père entre régulièrement dans la salle de bain pendant qu'elle prend sa douche, la jeune fille met en place des stratagèmes pour le piéger.

Mon avis :
Quelle période perturbante que la puberté et tous les changements physiques qui l'accompagnent. Une période durant laquelle on est content·e·s de passer au stade suivant de la vie, de grandir... mais qui n'est pas sans complications. Car qui dit corps qui change, dit regards qui change.

Mia, la jeune protagoniste de ce court roman, ne fait pas exception à la règle. Elle jubile quand ses seins commencent à pointer, aussi minimes que soient au début ces immatures protubérances. Elle surveille, scrute, compare l'évolution de jour en jour. Clairement, cette transformation la travaille et l'enchante.

Ce qui l'enchante moins, en revanche, c'est le changement d'attitude de son beau-père, qui n'hésite pas, entre autres, à débarquer dans la salle de bain sans prévenir lorsqu'elle va prendre sa douche. Sujet délicat à traiter, et pourtant Sandrine Beau excelle. De page en page, diverses émotions m'ont traversée. Malaise, d'abord. L'intrusion du beau-père est-elle accidentelle ? Assez vite, on comprend que non. La colère, le dégoût, vis à vis de l'homme qui ose s'incruster dans l'intimité de la jeune fille. Une envie furieuse de l'attendre à la porte et de lui botter le cul. L'effroi, la douleur, la tension lorsque la situation ne s'arrange pas, que les proches ne réagissent pas comme il faut et qu'il faut ruser pour garder un tant soi peu de sphère privée.

Alors oui, ce n'est pas un sujet très réjouissant. Mais il est nécessaire. Nécessaire, car ces choses arrivent, que ce soit au domicile familial ou à l'extérieur. Nécessaire, car il faut que chaque jeune intègre que son intimité lui appartient. Qu'il faut s'exprimer quand la moindre entorse est faite à cette règle. Et surtout, ne pas se sentir coupable.

Encore une fois, les éditions Talents Hauts frappent très fort. Ce court roman est bouleversant. Brièveté, concision, efficacité, c'est un véritable uppercut, à mettre en les mains des enfants qui entrent doucement dans la puberté, et à commenter avec eux pour les accompagner au mieux et les aider à déceler les comportements potentiellement inconvenants voire complètement déplacés. Lecture nécessaire.

samedi 13 avril 2019

Interfeel d'Antonin Atger #PLIB2019

J'ai eu l'immense chance de gagner ce roman grâce à un concours organisé par Antonin Atger sur Twitter. D'autant plus cool qu'il faisait partie des 21 sélectionnés pour le PLIB2019 dans lequel je suis jurée !

Année d'édition : 2018
Nombre de pages : 496 pages
Genre : jeunesse, SF
Edition : Pocket Jeunesse
#ISBN9782823811834






Synopsis :
Et si le monde entier avait accès à vos émotions ?
Nathan et ses amis sont en permanence connectés à Interfeel, un réseau social qui permet de partager ses émotions. Pour l'immense majorité des habitants de la planète, connaître les émotions de chacun est tout aussi naturel que téléphoner. Mais un événement tragique va se produire sous leurs yeux et bouleverser Nathan. Fasciné par Élizabeth, une " sans-Réseau " qui vit en marge de la société, il voit toutes ses certitudes vaciller. Ce que les deux adolescents découvriront pourrait bien changer le monde à jamais...

Mon avis :
Dans Interfeel, premier roman de l'auteur, Antonin Atger nous embarque dans une dystopie dans laquelle les technologies connectées ont tout envahi. Tout le monde est en réseau et peut lire de façon très directe les émotions des autres. Peut-être trouverez-vous ça génial, personnellement je trouve l'idée glaçante ! Plus aucune émotion n'est intime, chaque personne devient un livre ouvert. Pire, les émotions peuvent se projeter sur les gens qui nous entourent... on voit assez vite à quel point il va être facile de manipuler ses semblables...

Pourtant, hormis dans un groupe d'individus vivant à l'écart des autres et refusant de se connecter, la technologie est bien acceptée. En apparence. Car heureusement, certain·e·s tentent avec leurs petits moyens de la remettre en question. C'est le cas du professeur de philo de Nathan qui, à l'issue d'un cours aux propos dissidents, se jette par la fenêtre. La graine du doute est semé dans l'esprit du héros, et de quelques uns de ses amis. Cette prise de conscience va s'accompagner de la rencontre d'une sans-réseau, Elizabeth, et la découverte du monde à l'ancienne... et des premières interrogations sur la réalité ou non des sentiments que l'on ressent.

La révolution qui se met en place dans ce groupe d'adolescent·e·s, motivé par le besoin de comprendre, ne va pas être simple pour tous, d'autant plus qu'elle nécessite pour eux de se mettre dans des situations inédites. Je n'en dis pas trop pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais cela ne se fait pas sans douleur, chacun·e réagissant à sa façon, avec son histoire personnelle. Trahisons, abandons surviennent inévitablement, mais globalement l'esprit d'équipe domine et c'est ce qui rend ce groupe attachant.

Une quête périlleuse débute alors, les embûches se multiplient. Une course-poursuite s'engage avec les autorités, dont les représentants, en particulier le second, font froid dans le dos. Leurs techniques sont contestables... Les médias d'information peu objectifs... Les ados sont bien seuls. De nombreux rebondissements confèrent au roman un rythme soutenu qui en fait un bon page-turner, avec il est vrai quelques facilités parfois dans la résolution des situations trop épineuses. Mais cela peut s'entendre dans un one-shot (du moins l'est-il probablement le temps de voir s'il marche suffisamment pour avoir une suite).

Tous les personnages évoluent, y compris les personnages secondaires. C'est assez flagrant chez les parents de Nathan, ce qui ajoute un peu de profondeur à l'histoire. On comprend bien que rien n'est tout blanc ou tout noir... une technologie n'est ni bonne ni mauvaise, tout dépend évidemment de l'utilisation qu'on en fait. Ce qui est bien le problème dans ce monde dystopique comme dans notre monde actuel.

A côté de ce malaise vis à vis du réseau, j'ai trouvé certaines utilisations d'une autre technologie, l'opale, assez géniales. Elle permet notamment de se retirer dans un monde intime, en projetant des images, sons, sensations autour de soi. Antistress de rêve. Elle permet aussi de laisser libre cours à l'imagination des plus créatifs comme Nathan, qui s'en sert pour réaliser des films, matérialisant l'image des éléments à introduire juste devant lui. La 4DX n'a qu'à bien se tenir !

En somme, j'ai trouvé qu'Interfeel était une dénonciation et une mise en garde intéressante sur le tournant hyperconnecté actuel que prend notre société. En plus d'être un roman dynamique, dont la plume assez légère nous embarque facilement. J'ai été assez dubitative lorsque, sur Twitter, l'auteur a posé la question aux lecteurs de savoir quelle technologie ils aimeraient avoir à leur disposition, et que la réponse majoritaire a été... le réseau. Cela en dit long sur le stade où nous en sommes actuellement, et nourrit mon pessimisme dévorant !

Un mot sur la fin (et pour la fin) : ce roman, one-shot en apparence, s'achève sur une fin très ouverte, appelant clairement à une suite... étrange. Eh bien non ! Info de dernière minute, l'auteur a annoncé début avril qu'il y aurait bien un tome 2, que j'attends donc de pied ferme malgré les quelques facilités de ce premier opus.