lundi 28 janvier 2019

Je suis à l'est ! de Josef Schovanec

J'ai fait la connaissance de ce monsieur alors qu'il apparaissait dans une émission télé. J'ai été très touchée par sa simplicité et son érudition à la fois. Il venait faire la promotion de son livre. C'est rare quand ça arrive en-dehors des romans, mais j'ai de suite eu envie de l'acheter et de le lire. On me l'a offert en 2012... et comme on ne se refait pas, c'est cette année que je l'ai découvert.

Année d'édition : 2012
Nombre de pages : 247 pages
Genre : autobiographie, témoignage
Edition : Plon







Synopsis :
« Je vis avec l'autisme », écrit Josef Schovanec, soulignant ainsi ce qu'il considère plus comme une qualité que comme un handicap.
Ce voyageur passionné des civilisations anciennes maîtrise plusieurs langues étrangères, est diplômé de Sciences Po et possède un doctorat en philosophie. Il récuse pourtant les attributs qu'on lui prête ceux d'un autiste « génial » aux capacités intellectuelles extraordinaires pour évoquer plutôt, avec beaucoup d'humour et de sensibilité, ces « petits » problèmes qui font le quotidien d'un autiste Asperger : les longues préparations nécessaires avant de prendre le métro ou de se rendre à un rendez-vous, l'angoisse qui l'étreint lorsque le téléphone sonne, la panique face au moindre imprévu, la difficulté à comprendre les codes sociaux et à nouer des relations amicales classiques, sa passion obsessionnelle pour les bibliothèques et les livres...
Il revient aussi sur son parcours psychiatrique.
L'autisme reste un sujet polémique dans le monde scientifique et associatif.

Mon avis :
Comme je le disais plus haut, je lis assez peu d'autobiographies car le style même que j'associe à ce genre d'exercice a tendance à me rebuter. Mais au fil des lignes écrites par Josef Schovanec, je me suis surprise à sourire, à rire même, tant cet homme est plein d'esprit et d'humour. Un rappel bien important pour tous ceux qui s'imaginent encore que les personnes atteintes de troubles autistiques sont des "attardés"...

Chapitre après chapitre, il nous raconte les difficultés auxquelles il a dû faire face au quotidien. De ses premiers pas à l'école à sa vie professionnelle, toutes les choses qui nous paraissent simples et naturelles ont été pour lui un calvaire de décryptage, de préparation, d'anticipation... on comprend alors comment le moindre imprévu agit comme un grain de sable dans la machine bien huilée et peut générer une anxiété monstrueuse.

Paradoxalement, j'ai trouvé que l'auteur avait fait preuve de capacités d'adaptation impressionnantes dans certaines situations. Alors qu'il se passionne pour des sujets sérieux, scientifiques, profonds, un de ses premiers jobs a été... rédacteur pour un magazine féminin ! Surprenant, non ?

Même le parcours auprès des médecins, thérapeutes et psy de tous poils a été une épreuve. Difficultés de diagnostic, courants de pensée qui s'opposent... Traitements tantôt curateurs, tantôt ravageurs. Il a fallu une sacrée force pour se sortir de là et en tirer le positif.

Finalement, à travers ce roman, on a la confirmation de ce qu'on subodorait déjà pour peu qu'on se soit déjà penché sur la question : c'est notre société qui est inadaptée aux individus qui sortent un peu du cadre, de quelque façon que ce soit. D'autres pays font d'ailleurs beaucoup mieux, parmi lesquels les Etats-Unis (mieux dans l'accueil des enfants atteints de troubles autistiques dans le milieu éducatif hein, je m'en tiens là).

Dernier exemple flagrant mentionné par l'auteur : même dans les congrès sur le sujet, les autistes sont invités à témoigner brièvement et à répondre à des questions très superficielles. Pourtant les premiers concernés ne sont-ils pas les mieux placés pour donner des pistes d'amélioration des choses ? Même les associations censées défendre la cause sont constituées de bureaux très peu représentatifs... On voit que le chemin va être encore long...

Hormis ces tristes considérations, j'ai plutôt pris plaisir à lire ce livre. C'est une lecture exigeante, dans laquelle les tournures de phrases laissent entrevoir tout le pointillisme et l'amour de la langue (des langues, d'ailleurs) de Josef Schovanec. Cet aspect, qui me touche beaucoup en tant que tatillonne casse-pied, peut malgré tout donner des structures de phrases pour lesquelles il vaut mieux être concentré·e et réveillé·e. A lire pour se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre et mieux appréhender sa vie quotidienne !

2 commentaires:

  1. Je note qu'un magazine féminin par définition ne peut rien contenir de sérieux ni de scientifique. ^^
    Autrement dit que quand la presse s'adresse aux femmes, pour tout le monde il est évident qu'on parle de conneries.

    Sinon, en effet, ça semble un super témoignage. je te l'emprunterai. 6 ans pour le sortir de ta pile. Qu'est ce qui a été déclencheur ?

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    1. Aucune idée pour le déclencheur !

      Sinon, pour les magazines féminins... eh bien je n'y ai jamais trouvé de thématiques aussi complexes et développées que les sujets auxquels peuvent s'intéresser certaines personnes de façon compulsive. Pas de liste exhaustive de toutes les dynasties de pharaons et leurs représentants à travers les âges, pas d'exploration poussée de la voix lactée ou de dissection avancée de la grammaire estonienne.

      J'accorde de façon générale plus de crédit aux magazines thématiques qui ne se revendiquent pas 'masculins' ou 'féminins'. Eux partent d'entrée de jeu avec un a priori négatif de ma part, comme si certains sujets pouvaient ne toucher qu'un genre ou l'autre (c'est vrai que "comment choisir son aspirateur", c'est un sujet exclusivement féminin hein ^^) !

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