lundi 9 juillet 2012

Cosmétique de l'ennemi d'Amélie Nothomb

J'ai lu ce livre dans le cadre du Baby Challenge Littérature contemporaine de Livraddict (ici). Je connaissais l'auteur à travers deux de ses ouvrages (L'hygiène de l'assassin et Stupeur et tremblements) que j'avais appréciés, c'est donc confiante que je me suis lancée dans la lecture de ce troisième roman, Cosmétique de l'ennemi.

Genre : littérature contemporaine
Edition : Albin Michel
Nombre de pages : 140 pages


Sans le vouloir, j'avais commis le crime parfait : personne ne m'avait vu venir, à part la victime.
La preuve, c'est que je suis toujours en liberté. C'est dans le hall d'un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d'avance. Il lui a suffi de parler. Et d'attendre que le piège se referme. C'est dans le hall d'un aéroport que tout s'est terminé. De toute façon, le hasard n'existe pas.


Mon avis : 
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Amélie Nothomb a un style bien à elle. Ce roman, relatant un dialogue entre Jérôme Angust et Textor Texel, nous occupe du début à la fin avec une conversation pour le moins animée.

Une conversation qui débute simplement par un échange entre un homme en voyage d'affaires, et un chieur-né, qui a décidé qu'il ne laisserait pas le premier lire son livre tranquille. Puis, de banalités en banalités, l'échange devient plus sérieux, plus tragique. Amélie Nothomb nous met face à des sujets qui dérangent (le viol, le meurtre) dans un dialogue où personne ne semble révolté. Les répliques des personnages iront même jusqu'à faire sourire le lecteur, ce qui s'avère très perturbant.

Le style est lapidaire, incisif, tranchant, les répliques fusent, et le sens de la repartie des deux protagonistes enchanteront le lecteur qui parviendra à rester accroché malgré des propos révoltants... Malgré ces provocations littéraires, je suis restée bien arrimée à ce petit roman, que j'ai lu d'une traite. Il faut dire que le format s'y prête bien.

Quelques longueurs sur la fin où les personnages perdaient un peu leur humour, ce qui s'explique cependant par la tournure des événements, et par le fait que le récit continue après nous avoir donné les réponses à nos principales interrogations. Tout cela pour terminer sur du grand spectacle (à vous de lire pour en savoir plus !)...

En résumé, une lecture courte et distrayante, tantôt amusante, tantôt dérangeante, ce qui est fidèle à la marque de fabrique de l'auteur !

dimanche 8 juillet 2012

Zen City de Grégoire Hervier


Bienvenue à Zen City !
Grâce à notre programme Global Life®, la vie clés en main, profitez de tous nos services et travaillez dans un environnement idéal, naturel et sécurisant. Dominique Dubois, cadre trentenaire remarquablement moyen, s’installe plein d’espoir à Zen City, paradis high-tech où, grâce à la puce dont chacun est doté, on peut avoir un réfrigérateur toujours plein sans jamais aller au supermarché et être protégé 24 heures sur 24 sans même s’en rendre compte. Mais quand sa jolie collègue est assassinée chez elle, quand il devient la proie de hackers qui cherchent à miner de l’intérieur la Ville Transparence, sa vie en prépayé bascule…


Zen City, c’est au premier abord une ville très, très séduisante, puisqu’il est possible d’y obtenir tout ce qu’on veut, quand on veut. Une envie d’un bouquin au beau milieu de la nuit ? Il suffit de se rendre au supermarché ouvert 24h sur 24 ! Tout pour me plaire ! ^^

Les nouveaux arrivants sont encadrés, accueillis, soutenus quoiqu’il arrive, et sont même invités à une session d’intégration… Tout pour ne jamais se sentir seul, a priori. Ajoutez à cela un cadre susceptible de satisfaire tout le monde, des plus citadins qui découvriront des buildings ultra-modernes à faire pâlir nos amis outre-atlantique, aux amoureux de la nature qui n’auront qu’à sortir de l’enceinte de la ville pour s’aérer en montagne… On voit mal ce qu’on pourrait trouver de mieux !

Puis petit à petit, le lecteur est amené à revoir sa position. Les valeurs défendues apparaissent de plus en plus douteuses, les habitants doivent rentrer dans un moule sous peine de très mal vivre Zen City. Leurs amis ne sont finalement pas si proches, et malgré le cadre sécurisant/sécurisé, des événements tragiques commencent à se produire. Une psychose s’installe alors, donnant lieu à la surenchère dans le domaine de la protection, mais tous les systèmes perfectionnés ne sont-ils pas faits pour être contournés ?

On se rend finalement compte que dans cette ville, tout est sous contrôle, ou presque, d’un petit groupe qui gouverne absolument tout, et sait tout de nous, de notre localisation à notre marque de petites culottes préférées ! Pour ça, merci la puce électronique implantée dans la main de tous les résidents. C’en est flippant… De façon progressive, le sentiment du lecteur est amené à changer du tout au tout !

Le plus effrayant dans tout ça, c’est qu’on imagine bien que ce genre de ville pourrait pousser chez nous d’ici quelques décennies. Le lecteur est amené à se poser beaucoup de questions, à remettre en cause ses comportements quotidiens. Le livre est très bien servi en ce sens par le côté « ça se passe près de chez vous », puisque l’action se déroule en France, dans l’Arriège (cocorico !). 

Un autre aspect très intéressant dans ce livre concerne la description des techniques de merchandising, de conditionnement, qui font de nous de parfaits pigeons… un univers qui fait froid dans le dos !
Les personnages sont assez difficiles à cerner, ce qui donne encore plus de piment à l’ouvrage, et l’histoire bien ficelée.

Pour la forme, elle est très originale. C’est un subtil mélange de blog, de journal intime, et d’une partie romancée pour lier le tout, ce qui oblige à faire des chapitres courts, et rend la lecture rapide et agréable. Le réalisme est rendu par les commentaires des internautes qui lisent le blog de notre héros, dont une en particulier qui massacre impunément la langue de Molière, fait tellement commun de nos jours…
En revanche, le fait de ne pas pouvoir lire tous les commentaires (il faudrait pouvoir cliquer dessus pour ça !) est très frustrant, car le lecteur a envie de savoir si les gens partagent son ressenti !

Pour les bémols, j’ai été frustrée (encore !) par la persistance d’interrogations sur certains événements qui ne trouvent pas de réponse… Et parfois lassée par l’excès de détails dans des paragraphes traitant d’informatique ou d’électronique.

Pour résumer, un livre très intéressant à plus d’un titre, qui fait réfléchir voire frémir le lecteur qui se verra forcément (j’espère) se remettre au moins un peu en question. Je ne donnerai pas une aussi bonne note que Titepousse, mais reste très enthousiaste suite à cette lecture !

Pour un deuxième avis, vous pourrez trouver celui de Titepousse ICI !

mardi 3 juillet 2012

Arachnae de Charlotte Bousquet

Arachnae de Charlotte Bousquet est le premier tome de la saga L'Archipel des Numinées, séparée en 3 tomes : Arachnae, Cytheriae et Matricia

Edition : Mnémos Fantasy
Nombre de pages : 302 pages
Catégorie : Fantasy

Synopsis : 
Des ténèbres des bas-fonds aux éclats de la cour royale, la cité d’Arachnae se livre dans toute son horreur et ses excès… Dans le secret des arcanes du palais se joue une guerre souterraine entre le prince Alessio et les Moires, qui remettent en cause sa légitimité. Dans les riches faubourgs de la ville, une secte démoniaque étend son influence sur l’aristocratie décadente de la cité. Dans le Labyrinthe, quartier sordide où se côtoient la misère et le vice, les autorités retrouvent des corps d’enfants torturés. Afin de résoudre ces crimes en série, la jeune bretteuse libertine Théodora doit s’allier à l’austère capitaine de la milice Tigran Gracci… Se laisseront-ils engluer dans la toile mortelle de la destinée ?


Mon avis :
L'histoire se déroule dans une société matriarcale régie par les Moires, 3 prêtresses représentant différentes facettes d'une même déesse. Ces femmes aux noms aux consonances grecques ont les même pouvoirs que leurs antiques homologues, tisser la Trame du Destin ! Elles peuvent donc influer sur les évènements (presque) en toute impunité afin de destituer le prince Alessio et de remettre le gouvernement dans des mains féminines, pour le plus grand plaisir du lecteur témoin des machinations des deux camps.

Ce type de société ainsi que la décadence assumée de la cour et des citoyens d'Arachnae, m'a rappelé le type de société classiquement associé aux Drows ou elfes noirs. Ce goût pour l'interdit, la souffrance et la perversion provoque chez le lecteur, voyeur malgré lui, un sentiment mitigé - mi-révolté, mi-amusé selon les codes de la cité - qui peut s'avérer dérangeant !

Le style rapide et fluide et l'intrigue très prenante m'ont poussée à dévorer ce livre en quelques jours, malgré un étrange découpage de l'histoire pouvant s'avérer déstabilisant. En effet, la fin de la première partie de ce tome pourrait sans problème être la fin d'un tome ! Du coup, enchaîner sur le chapitre suivant parait un peu étrange et demande un peu de temps pour se replonger dans l'intrigue.
Dernier petit bémol, à mon sens, les relations entre les principaux personnages demanderaient à être approfondies... Peut-être dans les tomes suivants !

En bref, un livre sympa à conseiller aux adeptes de fantasy (voire de RPG, amis Geeks à vos livres !) mais à réserver à un public adulte.