jeudi 19 juillet 2012

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

J'ai lu ce livre dans le cadre du Baby Challenge SF de Livraddict, mais ça faisait quelques mois qu'il me faisait de l’œil !

Edition : J'ai lu
Nombre de pages : 252 pages
Genre : Science-fiction, drame

Synopsis :
Algernon est une souris de laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l'intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l'assistance de la psychologue Alice Kinnian, d'appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d'esprit employé dans une boulangerie. C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l'amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jours les facultés supérieures d'Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d'un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner à l'état de bête...

 Mon avis : 
Première surprise à la lecture de ce roman, le genre dans lequel il a été rangé : science-fiction. En effet, il faut se rappeler que ce livre a été écrit dans les années soixante, dans un contexte scientifique différent de celui d'aujourd'hui même si on imagine assez bien que des expérimentations similaires ont été menées dans les camps de concentration avant cela... Finalement, à la lecture, on n'est pas dans un monde si futuriste que ça...

En effet, on découvre Charlie Gordon, l'"idiot du village", qui devient "subitement" intelligent suite à une lobotomie. C'est la première tentative chez l'Homme de reproduction d'une technique qui semble avoir fonctionné chez l'animal. Pas si improbable que ça aujourd'hui, hein ? Le livre est en réalité une succession de compte-rendus que les scientifiques lui ont demandé de rédiger, mêlée à une sorte de journal intime.

Au début, c'est très difficile à lire, car l'auteur ayant décidé de retranscrire les compte-rendus tels quels, les fautes d'orthographe à faire pâlir nos adeptes de langage SMS s'enchaînent. En plus de cela, c'est écrit comme on parle, ou plutôt comme parle "l'idiot"... donc pas facile ! Puis, ça s'arrange, avec les progrès faits par Charlie. Les phrases sont plus structurées, et on assiste alors à la naissance de l'orthographe... Alléluïa, la lecture n'en devient que plus simple et fluide !

J'ai découvert avec ce roman un protagoniste attachant, émouvant, toujours désireux de bien faire, et surtout d'une gentillesse extrême, avec tout le monde y compris son adversaire dans les tests : la souris Algernon. Du moins tant que son QI reste raisonnable. J'ai été triste de voir que les gens se moquent en permanence de lui, sans que lui s'en aperçoive, rigolant lui-même avec ceux qu'il appelle ses amis. Sa progression intellectuelle s'accompagne d'une douloureuse prise de conscience, pour lui et pour le spectateur que nous sommes, et par la découverte de souvenirs d'enfance...

Puis Charlie devient intelligent, supérieur, même, à l'individu lambda, et là mon sentiment n'a plus été le même. J'ai été exaspérée par l'homme qu'il devient.

J'ai passé de bons moments avec Des fleurs pour Algernon,  tantôt drôles (en particulier lorsque Charlie découvre la ponctuation !), tantôt tristes - ah,  les relations humaines ! -, tantôt touchantes, notamment quand il découvre la sensualité, la sexualité.

En bref je n'ai pas été déçue par le fond de cette lecture, riche en émotions, même s'il n'est pas si "fictionnel" que ça. Ma progression a été ralentie par moments par le style, ou la lassitude provoquée par certains passages, mais heureusement ça n'a été que temporaire. Une bonne note, donc !

lundi 16 juillet 2012

Fée et tendres automates de Téhy et Béatrice Tillier

C'est partie pour une petite merveille de bande-dessinée que Titepousse a eu le bon goût (comme d'habitude !) de me faire lire... Fée et tendres automates, une trilogie scénarisée par Téhy et dessinée par Béatrice Tillier.

Synopsis :

Carlotta, vaste mégalopole tentaculaire bâtie sur les lambeaux de l'Ancien Monde, est une ville glaciale où la haine des hommes est entretenue par un empereur déchu. Au sein de cet univers instable et violent, se déploie une histoire d'amour entre un automate du nom de Jam et une fée inachevée par son créateur...
 


Mon avis :
Les deux auteurs de cette saga m'étaient totalement inconnus avant ça, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ont su me faire rêver !
Trois opus d'environ 48 pages chacun constituent cette série qui est aujourd'hui terminée.
Elle est ancrée dans un univers fantastique, et trouvable dans toute bonne médiathèque !

La trilogie raconte avant tout une histoire d'amour. Une histoire pure, belle, entre Jam, un automate, et son élue, une fée automate inachevée... Fabriqués tous deux par un passionné du genre, ils ont le "truc en plus", cette âme si innocente et délicate qui fait défaut aux Hommes. D'abord mêlés à leurs amis automates, ils se retrouvent rapidement propulsés dans un monde affreux, corrompu, et décadent, le nôtre... En effet, c'est le monde tel que l'a fait l'espèce humaine qui sert de décor à cette romance, violent, et en totale opposition avec tout ce qui pourrait qualifier l'histoire de nos tourtereaux.

Poésie, émotion, compassion vous touchent successivement, et même tristesse. Il y a une touche féminine indéniable dans cette bande-dessinée !

Parlons un peu  du style, qui n'enlève rien à l'histoire. Les dessins de Béatrice Tillier sont magnifiques, fins, des visages jusqu'aux détails des bâtiments. Nous sommes projetés dans des planches de couleurs passant du tout au tout, tantôt bleues, soulignant la tristesse de l'histoire, tantôt rouges, au coeur de la violence humaine... une touche d'originalité se glisse de temps à autre dans la mise en page, apportant un élan nouveau à la lecture... Même si vous n'êtes pas intéressés par l'histoire, allez jeter un coup d'oeil aux images !

En bref, on se fait happer dans cette histoire belle et triste à la fois, parfaitement servie par des dessins sublimes qui collent avec la poésie de l’œuvre...


Zoo City de Lauren Beukes

 Synopsis :
Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.
Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.
Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne.

Mon avis :

J’ai trouvé l’idée de départ de ce roman très bonne : des criminels doivent veiller sur un animal qui leur a été imposé, et qui représente le poids de leur conscience. Leur vie à tous les deux est intimement liée… cet animal leur confère un avantage incontestable, un pouvoir magique qui leur permet souvent de gagner leur vie. Mais c’est aussi un poids, car il expose son propriétaire au regard des gens, qui ont peur, et sont en constante opposition avec ceux qu’on appelle les « Zoo »… en plus des considérations pratiques (vous vous imaginez, vous, aller faire vos courses avec un hippopotame ?!) !

Cependant, l’univers fantastique est dans ce roman bien moins poussé que dans La croisée des mondes, saga à laquelle il est souvent comparé. Cela a été une déception dans la mesure où j’attendais quelque chose de très fantastique ! en revanche, il est beaucoup plus sombre, et cela de plus en plus au fur et à mesure de l’histoire.

Beukes a su nous immerger dans les quartiers pauvres de Zoo city, une grande ville d’Afrique du Sud, à travers des descriptions des lieux subtilement menées, pas trop lourdes, et bien imagées. A cela s’ajoute l’utilisation de l’argot sud-africain, qui contrairement à Titepousse (dont vous trouverez l’avis ICI), ne m’a pas gênée. L’idée générale est assez facilement comprise, même si, il faut le reconnaître, les nuances ne sont pas toujours saisies par le lecteur.

Côté intrigue, j’attendais beaucoup de cette œuvre dont tout le monde parle, et j’ai été un peu déçue. Pas que l’histoire m’ait déplu, non, mais c’est long… l’action véritable commence dans la deuxième moitié du livre, avant ça j’ai eu l’impression de patauger quelque peu dans la semoule !
En plus, j’ai eu beaucoup de mal à m’identifier à l’héroïne. Des éléments nécessaires à la compréhension de sa vie, sa personnalité, arrivent bien tard… des événements restent sans réponse… et il est parfois difficile de suivre le cours des pensées de Zinzi, notre héroïne.

Côté forme, les chapitres sont courts, mais les phrases un peu longues au début, tendance « concours du complément le plus long », puis ça s’arrange ! ou peut-être s’habitue-t-on ? Parfois trash, le style reflète bien l’atmosphère…

Au bilan, une lecture mitigée… l’idée est bonne, mais pas exploitée comme j’aurais aimé ! La fin est assez inattendue et permet malgré tout de terminer sur une bonne note.